J'ai participé ce week-end au triathlon de l'île Charlemagne à Orléans, sur une distance sprint (750 m. de natation, 20 km de vélo et 5 km de course à pied) et sur un parcours général conçu de
manière à être agréable pour les spectateurs: 2 boucles de 350 m. de natation avec sortie à l'australienne, 2 boucles de Vélo de 10 bornes, et 3 boucles de CAP.
J'avais décidé de me mettre au tri en fantasmant devant les images de l'Iron man d'Hawaï (j'ai bien dit que c'était du domaine du pur fantasme mais c'est important d'avoir des rêves), de ses plages
de sable fin et de son soleil torride... Et avec un peu (beaucoup) d'imagination, on aurait pu s'y croire ce week-end au fin fond de la Beauce, sous une pluie battante sur un tri au modeste
format sprint (mais largement suffisant pour un bizutage !) : "T'as voulu voir Hawaï et on a vu Orléans..."
Et en définitive, cela a été réellement un moment de pur bonheur (en tous cas rétrospectivement, la mémoire se faisant fort de ne conserver que le meilleur...).
Pour un premier essai, j'ai eu la confirmation de ce que je présentais : le plus difficile dans le triathlon ce n'est pas tant l'enchaînement des trois disciplines que l'étape préalable de
préparation du matériel. Dès le vendredi soir, puisque nous avions decidé de profiter de l'occasion pour passer le week-end dans la famille orléanaise, il a fallu s'assurer de n'avoir rien oublié
et trouver la place pour tout caser dans la voiture : la combinaison néoprène, c'est fait, la combinaison trifonction, c'est fait, le bonnet de natation, c'est fait, les lunettes de natation, c'est
fait, les deuxièmes bonnet et lunettes de natation (pour le cas où), c'est fait, la ceinture porte-dossard, c'est fait, les chaussures de courses lourdes pour le cas où, c'est fait, les chaussures
de courses légères (on ne sait jamais), c'est fait, le cuissard et le maillot de cyclistes pour l'échauffement, c'est fait, le casque de vélo, c'est fait, les chaussures de vélo toute neuve
achetées exprès pour l'occasion, c'est fait, les anciennes chaussures de vélo pour le cas où les nouvelles poseraient problème, c'est fait, le matériel de réparation pour le vélo, c'est fait, la
pompe à pied à vélo, c'est fait, le vélo (ne pas oublier le vélo !), c'est fait, les gels coup de fouet, c'est fait, le pot de rillettes, c'est fait, le kit de survie, c'est fait, la balise Argos,
c'est fait,... la valise contenant les effets familiaux pour le week-end... y a plus la place ! ... les enfants... zut ! je savais bien que j'avais oublié quelque chose...
Bref, harnaché comme un chevalier des temps modernes à la recherche de ses moulins, je file ventre à terre à travers les plaines de la fertile Beauce, accompagné de ma douce mie, Isabelle, de ma
belle princesse Claire et de mon fidèle petit page Louis jusqu'aux Éoliennes qui gardent l'entrée de la N 20, modernes moulins à vents de la Mancha que je ne prendrai même pas le temps de
pourfendre, ma mission seule guidant mes pas.
S'en suit, un week-end de préparation idéal comme je les aime tant et qui m'a rappelé sur beaucoup de ponts les soirée pré-marathoniennes labellisées TGV-V : séjour chez la belle-famille, toujours
aussi accueillante, avec célébration de deux anniversaires dans l'ambiance festive qui se doit avec moult agapes aux qualités gustatives infiniment supérieures aux traditionnels et roboratifs
gâteaux overstim mais peut être un peu plus exigeants digestivement parlant...
Et dimanche matin, après une nuit entrecoupée de rêves (prémonitoires ?) de noyades, levé matinal, petit déjeuné copieux, abstinence au repas dominical, d'autant plus méritoire qu'il était
particulièrement succulent et... mince, il est déjà 14 H 00 et le retrait des dossards sera clos à 14 H 30... habillage en catastrophe, remplissage du coffre de tout le matos en espérant ne
rien avoir oublié et vogue la galère, accompagné d'Isa, de Claire et de Clémance ma belle-sœur toujours ausi sympa et particulièrement intriguée par cette drôle de célébration à laquelle je semble
tant avoir envie de participer... deux ou trois fausses routes et enfin accès à l'île Charlemagne à 14 H 25 pour retirer le dossard en urgence. Là bien sûr, dans l'affolement du moment, je me
trompe de numéro d'enregistrement et l'arbitre qui veut me tatouer par anticipation l'épaule et le mollet me marque, à ma demande d'un superbe n° 162... avant que je retourne le voir benoîtement
pour avouer mon erreur, j'ai en fait le 207. N'ayant pas de limaille sous la main pour effacer l'erreur il n'a plus qu'à la corriger en surcharge : ça fait sérieux et ça commence bien !
Ensuite installation dans le stand du matériel de transition en vérifiant au moins 3 fois, 4 fois, 5 fois que tout est bien là et positionné correctement pour une utilisation rationnelle et
optimalisée (à mon niveau, 2 secondes de perdues à la transition et c'est le titre qui s'envole...)
.
Et puis... mince que le temps passe vite, il est déjà 15 H 10 pour un départ à 15 H 30. Tant pis pour l'échauffement qui sera donc lui aussi digne des habitudes compétitives du TGV-V : c'est à
dire totalement inexistant ! Le temps d'enfiler ma seconde peau (10 mn au bas mot) et plouf, 5 minutes d'échauffement de grande qualité à barbotter dans le bassin pour constater que l'eau est
moins froide que ce que je craignais (merci la combi) et d'une propreté tout à fait acceptable.
Regroupement sur les berges et c'est là que je décide de mettre en œuvre mon plan d'attaque machiavélique : je sais que je suis un coureur à pied très moyen (surtout au regard des canons d'une
épreuve de sprint en triathlon), que mon art vélocipédique n'est pas terrible (j'en veux pour preuve le retour pour le moins laborieux de la sortie réalisée le dimanche précédent avec l'USP tri,
certes sur 180 km mais au cours de laquelle les 60 deniers Km ont été "délicats" pour ne pas dire plus...). Alors, il ne me reste plus qu'à tenter le tout pour le tout en natation (et puis je
m'en sors pas trop mal en piscine de 25 m. avec ses belles lignes d'eau qui disciplinent les nageurs et ses murs pour relancer) et je me place donc crânement devant avec les meilleurs, selon la
méthode éprouvée par Guillaume et Dominique en CAP. Sauf que la natation c'est pas la CAP et si tu te crames au départ, tu coules !... Au fou !!!
En effet, au coup de feu je m'élance donc avec la meute plein de confiance pour aller jouer ma chance... au moins 30 secondes... j'ai le cœur qui monte immédiatement exploser la zones rouge dans
ce sprint sans aucun échauffement préalable, je n'arrête pas de prendre des baffes et des coups de pieds de devant de derrière de droite et de gauche, voire, pour les plus souples, de dessus
(tous involontaires je tiens à le préciser), je me fais dépasser en force par des nageurs qui s'étaient mis devant en connaissance de cause et en ayant parfaitement jauger leur valeur (pardon à
eux de les avoir gênés). L'arrivée à la bouée de virage tourne à la foire d'empoigne et finit de m'achever, je n'arrive pas à me frayer un passage entre tous les nageurs qui m'encadrent et en
accélérant pour tenter de le faire je fais encore monter le rythme cardiaque,... jusqu'à l'asphyxie totale qui survient vite en nageant le crawl au-delà de ses capacités avec une combinaison
qui sert le cou... pouf, pouf, 2 ou 3 tasses et je décide d'arrêter les frais tant que je suis encore en vie. Je regarde avec gourmandise le canoë de sécurité en me demandant si je le rejoins
pour y trouver un refuge salvateur. Mais non ! On a sa fierté : je suis là pour représenter mon club, devant ma famille qui me fait l'honneur de me soutenir et je finirai cette épreuve, en
lambeaux, peut être mais je la finirai !
Je me résigne donc à tranquillement nager une brasse assez peu technique du fait des nageurs qui me collent et que je tente de ne pas éborgner et donc très peu rapide mais qui me permet de
retrouver un peu mes esprits et surtout, progressivement mon rythme cardiaque et mon souffle. Moi qui ai toujours expliqué aux potes du TGV-V que l'on pouvait faire la partie nagée d'un triathlon
en brasse mais que l'on y perdait beaucoup d'énergie en ajoutant un peu péremptoire que les vrais triathlètes, eux, nageaient nécessairement le crawl, j'ai pas l'air bête à imiter la
grenouille... D'ailleurs, après la course ma Claire, conditionnée par les arguties de son père, me fera observer que c'était certainement dur puisqu'elle à même vu, me dit-elle en
s'esclaffant, quelques concurrents nager la brasse... et alors, y a pas de honte ! Enfin, après une sortie à l'Australienne, je parviens sur les derniers 100 m. à retrouver mes esprits et à me
remettre à crawler pour dépasser, dans un sprint dantesque qui restera certainement dans les anales du triathlon de l'île Charlemagne, le nageur devant moi, ce qui doit me permettre de terminer
avant-dernier plutôt que dernier et je sors finalement de l'eau en 14 mn 51 sec (15 mn 13 sec officiellement, temps de sortie de l'eau compris) alors que j'espérais bien pouvoir taquiner les 12
mn et quelques...
J'essaye de retrouver mes esprits en courant rejoindre mon fidèle destrier et en "fendant" une foule passablement clairsemée : ne restent sur la plage que les supporters des derniers nageurs,
soit 8 ou 10 personnes, parmi lesquels les miens dont je vois, au regard soulagé mais légèrement dépité et interrogatif, qu'ils ont bien craint de m'avoir définitivement perdu dans les eaux de la
Loire, moi qui leur avais certifié que la partie nagée serait certainement mon point fort. Cela ne les empêche nullement de m'encourager avec toujours autant d'enthousiasme : un véritable moment
de bonheur et un incomparable soutien à persévérer dans l'adversité. Merci les filles !
Bref, je rejoins mon vélo, ôte péniblement ma combi en me contorsionant, mets mon casque et mes lunettes, enfile mes chaussures, attache ma ceinture porte dossard et rejoins le plus rapidement
possible l'aire de l'épreuve cycliste. Je monte sur mon vélo et j'enclenche les chaussures en m'appliquant : une transition qui n'a rien de supersonique mais pas de faute de quart.
Bref, ça peut rouler... et c'est vrai que ça roule ! J'arrive à m'accrocher au wagon d'un train de concurrents manifestement plus cyclistes que nageurs dans l'âme et qui engagent les hostilités à
plus de 40 km/h, l'épreuve autorisant le drafting (le roulage en peloton), ce qui, en l'occurrence, constitue pour moi une véritable bénédiction. J'arrive à pédaler tout en souplesse entre 95 et
115 tours / minutes en prenant ma part de relais.
Dans ces conditions, l'épreuve cycliste est une véritable partie de plaisir sur un parcours plat, très roulant, avec quelques passages venteux mais allègrement vaincus en tournant en peloton avec
un bon groupe de cyclos. Un véritable bonheur. Surtout que, le parcours étant constitué d'une boucle à faire deux fois, nous avons le plaisir à la fin du 1er tour à virer devant une foule très
compacte de supporters déchaînés : on se croirait sur une étape de CLM par équipes du tour de France ! Et ça dépote !
Après 32 mn et 13 sec de route au compteur (même si je sais que c’est un peu de la triche puisqu’au triathlon on calcule le temps de route, transition comprise ce qui rallonge particulièrement
l’exercice surtout sur de courtes distances), soit un honorable 37,83 km/h de moyenne, nous rentrons au port : faire attention de bien déchausser devant la ligne de transition sans chuter, ranger
délicatement mon ami qui a bien rempli son office (ou pour être plus prosaïque, balancer son vélo sur la barrière Vauban), enlever ses chaussures de vélo et leur substituer leur équivalent pour
la course à pied, ne pas oublier de tourner le dossard cycliste pour en faire un « ventrard » ( ?) de CAP et s'élancer en courant dans un rythme saccadé et trop rapide, reste du mouvement
de pédalage.
La course à pied est constituée de 3 boucles à réaliser dans un cadre champêtre ce qui permet de faire des boucles rapides et de passer régulièrement devant le public très chaleureux, ce qui est
toujours bon pour le moral. Sachant que la course n'est pas mon domaine de prédilection mais que par ailleurs il n'y a plus que 5 km à faire je m'élance à ma vitesse de croisière et les deux
premiers tours se déroulent à bon rythme (pour moi en tous les cas) en passant mon temps à croiser et à côtoyer des coureurs portant un, deux ou trois chouchous au poignet, qui nous sont délivrés
pour attester du nombre de tours réalisés : tiens, lui n'en a qu'un il est derrière moi, zut lui en est à son troisième, loin devant... C'est ainsi que passent les deux premiers tours rythmés à
chaque passage d'une claque dans la main de ma Claire qui m'encourage d'un sonore et enthousiasmant : "Vas-y papa !". Merci ma puce !
Et puis avant d'engager le 3ème tour, je vois à ma montre que je devrais pouvoir essayer de faire moins d'1 H 15 au total, moi qui au départ me serais volontiers satisfait de faire moins d'1 H 30
pour un premier essai : allez, on lâche tout ! Et je fonce (pour mon niveau et pour mon état de fatigue) droit devant pour terminer la CAP en 22 mn 27 s à 13, 37 km/h de moyenne. Pas génial mais
la casse est limitée.
En fin de compte, je finis l'épreuve en 1 H 11 mn et 29 sec, ce dont je suis très content pour une première. Je regrette juste la partie nagée où avec un peu plus d'expérience et beaucoup plus de
modestie, en partant avec les gens de mon niveau et en crawlant sur tout le parcours, j'aurais bien dû pouvoir glaner les 1 mn 30 sec qui me manquent pour passer sous les 1 H 10 mn à 1 sec
près au final ! L'année prochaine peut-être, qui sait...
En attendant, je termine 131 ème sur 259 partants avec une partie vélo, toute modestie bue, à la JALABERT en remontant plus de 100 concurrents si j'ai bien compris (173 ème en natation et 71 ème
en vélo, même si je ne suis pas certain que l'on puisse déduire les écarts relatifs comme cela) mais une partie pédestre qui est loin de l'égaler... et 1er V1M de Villebon-sur-Yvette... bon
c'est vrai j'étais que le seul mais quand même !
Bref, une bien belle partie de rigolade dans une ambiance très festive et avec une organisation impeccable que même les caprices de la météo n'ont pas réussi à contrarier. Ça donne vraiment envie
de recommencer. Et puis j'ai l'impression qu'Isa, Claire et Clémence se sont bien amusées elles aussi.
Surtout que pour fêter dignement cette première, mon beau-père m’a très gentiment proposé une séance de décrassage en soirée consistant à porter plusieurs centaines de tuiles sur le toit de la
ferme qu’il retape. Sympa l’attention, merci beau-papa !
bise a vous 4
dom
Je me présente, je suis le président du LOT qui a organisé ce triathlon ... et lire ton texte, écrit avec beaucoup d'humour, m'a fait carrément plaisir . MERCI
Amicalement et sportivement, stephan
PS : A l'année prochaine avec le plaisir de te rencontrer
On t'attends avec plaisir en 2010 pour le 10éme anniversaire de notre triathlon.
A+
Fabrice, un des organisateurs bénévoles du LOT.
vraiment sympa ton reportage à l'année prochaine sur notre épreuve ....
L'avantage, c'est que je n'aurai pas honte quand je traverserai le lac de Serre-Ponçon à la brasse ... je ne serai pas tout seul visiblement!
Sinon chapeau pour ton récit ... et ta performance pour une première. (Ai-je bien compté? Tu aurais perdu une soixantaine de places à la CAP?)