Course de 25 km avec 1400m de dénivelée à Cruet, Savoie, ou comment faire dans le moins de temps possible ce qui aurait pu être fait en marchant peinarde et en prenant le temps de faire des photos correctes, de savourer la région, etc… mais où il aurait manqué du piment, de la fête, du dépassement de soi même, la satisfaction d'avoir gagné un pari passé avec soi même, d'avoir réussi à surmonter des moments de découragement, l'impression d'avoir vécu une grande aventure !
Belle course, donc, à mon gout, avec un dépaysement certain : la veille au travail en banlieue jusqu'en milieu d'après midi, le lendemain au milieu du massif des Bauges, avec son architecture typique, ses gros chalets savoyards, ses sommets encore enneigés, ses falaises, crêtes, apics, ses montée raides, ses descentes interminables, ses petits bouts de prés verts tout plats entre deux grosses montées, qui me rappelaient le Prarion tout près de Saint Nicolas, ses sentes en sous bois.

Belle course réussie puisque malgré l'anxiété traditionnelle chez moi d'avant toute course, malgré l'anxiété ajoutée par la longueur et le dénivelé de cette course là, par le risque de mauvais temps en montagne, par le fait de devoir atteindre seule le départ de la course, de ne peut être pas avoir choisi la bonne tenue, de m'être sans doute trop chargée, d'avoir pris les bâtons pour rien etc etc etc et j'en passe… je suis venue à bout de ma plus grosse course jamais faite jusque là, dans un temps pas trop décevant pour mon coach personnel puisque à peu près celui qu'il imaginait que je ferais !
Les ingrédients pour réussir cette belle course étaient :
Un gentil mari prévoyant et plus organisé que sa femme, un copain kikoureur qui , ouf, faisait le 25 km et pas le 73, le terrier de "Marmotte" rempli de coureurs très sympa, une super organisation, des bénévoles dévoués, un gentil petit garçon supporter, des amis qui s'occupaient des enfants restés à Villebon, et un chalet à Saint Nicolas.
La recette était la suivante :
Compter sur son mari dévoué habitué à l'organisation de ce genre de courses pour faire tout ce qu'une coureuse débutante oublie : prendre le profil de la course, laver sa poche à eau, préparer une poche à dossard, acheter des vivres de course, préparer le plan mappy pour se rendre le matin de bonne heure au départ…
Compter sur le gentil kikoureur, j'ai nommé Nicolas, qui veut bien se lever plus tard que ceux qui partent aux aurores pour le 73 km, qui veut bien conduire la voiture de location, qui corrige les erreurs de la mauvaise copilote (il faut dire influencée par le mauvais Mappy qui dit de prendre la N504 à droite quand il faut en réalité la prendre à gauche, et qui dit prendre la D204, mais qui ne dit pas dans quel sens). Ecouter les conseils avisés de Nicolas par rapport au matériel à emporter, apprécier sa compagnie dans l'attente anxieuse du départ, se faire encourager et prendre en photo de façon tout à fait inattendue et donc très appréciée sur les 400 derniers mètres de la course par le dit Nicolas, et encore apprécier sa compagnie pendant l'attente de l'arrivée de ceux du 73 km ! Encore un immense merci, Nicolas !
Se faire accueillir pour la deuxième fois dans le terrier plus que chaleureux de Marmotte, pour y passer 2 nuits, 2 petits dej, une pasta party, et y déguster des merguez tip top, en compagnie de maman marmotte que nous avons réveillée par nos arrivées tardives, nos départs échelonnés du petit matin, à qui nous avons laissé de la vaisselle etc. Encore mille excuses, et merci pour votre hospitalité ! En compagnie également de Jean Marie alias Akuna à qui nous devons de très belles photos, de Jacqueline, qui a bouclé ses 73 km courageusement après 16 heures de course, sous la pluie, malgré une douleur au psoas qui la faisait claudiquer dans toutes les montées …en compagnie encore de Sébastien et Didier. Encore un immense merci à toi aussi Marmotte !! On reviendrait faire un p'tit savoyard rien que pour apprécier l'ambiance du terrier !
Finir le WE dans notre chalet préféré à saint Nicolas de Véroce en regardant tomber la neige (si si, fin mai ..) en appréciant de ne rien faire d'utile, rien que du puzzle offert par ma gentille Maëlle, sans aucun devoir, même pas course (alimentaire) ni cuisine, ni vaisselle, puisque les magasins fermés et les placards vides, il n'y avait plus qu'une solution : aller au restaurant !
Les écueils à éviter auraient été :
Ne pas travailler le jour même du départ, alors que Florent partait en Hollande à l'heure ou nous devions prendre le train, qu'il avait besoin d'un sac bien pensé avec un pique nique, que Fabien avait également besoin d'un pique nique pour le midi, et que le dit Fabien a choisi ce jour chargé à 200% pour disparaître à la sortie de l'école…
ET NE PAS regarder le classement, qui malgré cette impression d'être allée super vite pour une randonneuse, m'a montré que j'étais allée très lentement pour une coureuse… (et NB classement qui m'a montré que je ne devrais pas me la pêter avec un tshirt "trail de la vallée de chevreuse" et une veste de pluie"UFO")

Deuxième récit, d'une deuxième édition du "Petit Savoyard", mais qui ne devrait pas ressembler à celui de l'année dernière, (voir ICI ) puisque j'y ai vécu un nouveau rôle pour moi, celui de " coach-infirmière-panseuse-mais-vraiment-pas-pharmacienne-pour-deux-sous"
Début du périple à Villebon avec la tendinite du fascia latta d'Agnès. Consultation en urgence chez Nicolas qui confirme. Il faut bien des semelles. Re-consultation
en urgence chez notre podologue du sport. Les semelles express salvatrices sont testées deux jours avant la course. Plus de douleur. Elle tente le coup, mais je sens d'ores et déjà que Agnès
n'ayant fait tout son parcours-santé-du-combattant que pour ne pas me laisser tomber, je n'ai pas intérêt moi non plus à la laisser choir pendant la course !! De toute façon telle n'est pas mon
intention. Agnès débute en trail, par une grosse course, pas bien préparée en raison de sa tendinite, donc je compte bien la "coacher" à Cruet puisque je n'ai pas pu le faire comme prévu à
Villebon. Et puis les choses sont claires : à l'arrivée à Chambéry où Guillaume et elle ont la gentillesse de venir nous chercher à la gare, elle m'annonce tout de go que "si je la laisse tomber,
elle me tue" !! Comme je tiens à ma peau ;-)) je confirme que coute que coute, nous ferons la course main dans la main !! (et finalement également pied dans la main, comme je le découvrirai plus
tard !)
A Cruet, nous allons droit à la remise des dossards et des beaux T-shirts techniques offerts (roses pour les filles, verts pour les garçons) et bien nous en prend parce que Marie-Ange qui ne
passera que le lendemain par la salle des fêtes où a lieu le départ n'aura pas droit au rose mais au vert, à son grand dam … Pasta party où nous retrouvons Manu et Sandrine, Cédric, et nous
gagnons notre auberge, pour que la nuit d'Olivier surtout, qui démarre le GR 73 à 5heures du mat, ne soit pas trop courte.
Je passe une nuit excellente et entend à peine Olivier se lever, puis retrouve Marie Ange et Pierre Yves devant la table du petit déjeuner de notre auberge. Ils sont arrivés à minuit hier. Pour
eux ce n'est pas un premier trail, mais c'est une première expérience en montagne, première expérience également de tant de dénivelé, et Pierre Yves manque de sommeil ... Ceci dit je ne me fais
tout de même pas trop de souci pour eux, ils assurent "comme des bêtes" !! Je sais qu'ils seront loin devant nous !
8h05, salle des fêtes de Cruet, nous retrouvons Agnès qui était hébergée chez des amis au dessus de Chambéry coté Belledonne. Guillaume et Olivier courent depuis déjà 3h30. Je commence mon
"coaching" en m'assurant qu'Agnès s'est bien badigeonnée les pieds à la Nok. Non ? Heureusement, j'en ai apporté.. Il vaut mieux parce qu'elle court avec des semelles neuves, dans des chaussures
empruntées à Patricia …
Les coureurs sont appelés sur la ligne de départ, petit briefing que nous n'arrivons pas à écouter, excités que nous sommes …. Nous retenons tout de même du briefing qu'au km 10 ça glisse, et que le gros de la montée est faite. Le parcours est allongé de 3 km par rapport à l'année dernière et nous le ferons dans le sens inverse. Et c'est parti !!
Ca commence sur de la route en faux plat montant, tout ce que je n'aime pas, et très vite je suis essouflée, mon sac mon appareil photo et mon téléphone me gênent… Je réorganise tout ça en
courant, Agnès est devant moi, nous perdons quasiment tout de suite les Pyma de vue. Ouf nous abordons déjà une bonne montée où on peut se mettre à marcher … Je préfère ce type de terrain .. Je
trouve mon rythme. Ca bouchonne un peu à la fin d'une bonne grimpette, ce qui laisse même déjà le temps de récupérer. Tout baigne. Je suis contente, il y a du monde derrière, cela me change de ma
dernière experience de trail, à Sommand, (voir ICI) où j'ai compris dès le premier sentier que je serais dans le peloton de queue
pendant toute la course..
Agnès commence à sentir un échauffement au talon … Je reprends mon rôle de coach et constate qu'en plus des semelles neuves et des chaussures d'emprunt elle a mis des chaussettes trop courtes qui
laissent les chaussures frotter directement la peau du talon .. Mieux vaut re-badigeonner dès maintenant avant la formation d'une ampoule. Nous nous mettons sur le coté, laissons passer ceux qui
étaient derrière nous et pour faire vite, pendant qu'elle se déchausse je sors le tube et .. commence là mon rôle d'infirmière-panseuse, je tartine moi-même … Nous repartons un peu
désappointées.. Nous sommes finalement, le temps de la manip, passées au rang de …dernières ….Ca monte dur, en lacets, dans un sous bois.
Au km 3, à vue de nez, le talon re-chauffe, re-déchaussage…l'ampoule est déjà là …Re-tartinage, avec un p'tit coup sur les orteils qui montent eux aussi en température. Et c'est à partir de là
que je réalise que je ne suis pas pharmacienne pour deux sous.. Pas pensé au moindre équipement en dehors de quelques vêtemets ...Je n'ai pas un pansement, pas un bout
d'élasto dans le sac, et encore moins de Compeed, qui serait une bonne solution dans le cas présent …
Ca continue de monter raide et Agnès peine, commence à stresser, à se poser des questions sur la pertinence de commencer le trail par 28 km en montagne et l'idée d'arrêter commence à germer… Je
la motive, en essayant le coup de "on colle aux basques des deux types de devant, on ne les laisse pas nous devancer"... Mais coup d'épée dans l'eau, je n'ai pas touché le point sensible … Par
contre la conversation-bavardage-distrayant a plus de succès, ainsi que les arrêts photos des deux impétrantes, du beau massif de Belledonne encore enneigé et des magnifiques fleurs rencontrées :
ancolies, violettes, narcisses. Ce qui nous vaut un magnifique reportage photo : voir ICI. Agnès en oublierait même
ses douleurs !
Nous arrivons au sommet, lieu dit de "la roche du Guet", 1208 mètres. Re-photos, petite pause … et nous sommes rejointes par .. (ô surprise !!) une coureuse qui était encore derrière nous !!! Qui nous annonce qu'elle attend encore deux de ses amies. Et qui a sur elle un Compeed spécial talon !! C'est notre sauveuse, le talon va immédiatement mieux et le moral aussi, nous ne sommes pas dernières !!
Nous avons parcouru environ 10 km, donc c'est par là que cela doit commencer à glisser d'après le briefing… Et ca se confirme …Dès le re-départ, premiers mètres de descente, Agnès chute et s'ouvre le coude …. Qui saigne abondamment. J'étais très contente d'avoir pensé au PQ (pas aux compresses, antiseptiques, steristrips, pansements...J'ai même oublié l'Ibuprofène que je pensais prendre en cas de douleur…) il va me servir, une fois imbibé de l'eau de ma gourde, puisque nous nous n'avons que ça… Petit constat rapide, c'est un peu profond, mais pas très large et en tout cas pas recousable … et toujours pas de trousse à pharmacie en poche … Je remonte voir notre sauveuse qui a été rejointe par une de ses amies, toutes les deux très étonnées de me voir rebrousser chemin. Elles sont super équipées et nous ressauvent la vie. Le pansement qu'elles nous donnent arrête le saignement.
Nous pouvons repartir car, heureusement il n'y a pas d'autre bobo que le coude ! Seulement, ça continue à descendre… et "chat échaudé craignant l'eau.. chaude (ou froide, déjà ?)" .. Agnès
préfère assurer chaque pas et arriver entière .. Nous arrivons au niveau d'un bénévole qui nous montre au loin le village de la Thuile où se trouve le premier ravitaillement, au km 15. Que cela
semble encore loin !! Il est très sympa, nous discutons le coup, puis il nous accompagne jusqu'à un poste de contrôle. Nous profitons de la tente et des chaises pour un petit coup de tartinage
des orteils, histoire que je me perfectionne dans mon rôle d'infirmière-panseuse. Une des bénévoles recouvre un peu le pansement du coude de sparadrap, pour éviter tout décollement intempestif.
Nous sommes à nouveau rejointes par une de nos fournisseuses officielles de produits pharmaceutiques, à qui nous promettons un pot à l'arrivée !!
La descente devient plus facile, mais... la tendinite d'Agnès se réveille ... Pause boisson- étirements. Pas facile d'étirer le fascia latta en plein bois sans siège. Mais bon, ça se fait et j'en
profite pour étirer le mien qui était douloureux il n'y pas si longtemps, quand nous avons tourné à Bures avec les coureurs du 12 heures. Nous devons être comiques toutes les deux appuyées sur
nos bâtons, sur un pied.
Nous redémarrons, mais... La prudence voudrait qu'Agnès arrête ... Elle ne peut plus du tout courir sans re-déclencher la douleur.. Nous approchons donc le village de la Thuile à la marche, sur
un beau chemin pourtant bien roulant. Je fais tout de même les derniers mètres en courant devant pour éviter qu'une voiture ne nous passe sous le nez, et bien m'en prend ! Une bénévole était en
train de monter en voiture pour Cruet !! Une autre l'arrête juste à temps !! Nous prenons tout de même deux minutes pour nous faire photographier ensemble avant qu'Agnès ne rende son dossard ! Et
c'est la fin de notre partenariat, je suis privée de ma coéquipière !!
Il est 12h35, je suis au km 15 approximativement, cela fait exactement 4h00 que nous sommes parties ... Je n'ai plus qu'une idée en tête, finir vite !! Me faire les jambes dans la descente pour
me préparer aux 35 km du Verdon, parce que ma préparation n'a pas été au top moi non plus depuis le marathon qui m'a valu des douleurs tenaces et variées aux deux genoux. Ravitaillement, je range
l'appareil photo qui me gêne en bandoulière dans les descentes. Fin du reportage photo. Dommage, parce que le paysage est magnifique…
Début de ma deuxième demi-course. A partir de la je me prends pour le "Dernier des Mohicans" sur les chemins monotraces en forêt, l'arc et les flêches..euh… les bâtons dans la main droite, la
musique du film plein la tête !! La vitesse de la première moitié de course m'a préservée. Je suis bien échauffée, et en pleine forme ! Tout va bien, le temps me semble très court étonnamment
jusqu'au deuxième ravitaillement, sans aucune notion de l'heure ceci dit, ayant perdu la montre avec la coéquipière.. Cela devient une habitude je ne cours plus ni avec montre ni chrono ni
cardiofréquence mètre(et toujours sans pharmacopée, mais là j'y repenserai)
Au ravitaillement, les bénévoles sont super sympa, il y a de la musique, je suis acclamée et applaudie (les fins de classements, que je connais bien, ... ont toujours ça de bon : on est
plus encouragés que les premiers !!) et j'apprends que mes prédécesseurs ne sont plus loin, qu'il n'y a plus que 500 mètres environ en montée (pas en dénivelé!!) puis plus que de la
descente, mais qu'il reste 8 km et non pas 6 comme je le croyais …J'apprends là que parcours fait en effet 30 km et non pas 28 !! Ma motivation ne chute pas pour autant. Je repars dans l'idée de
profiter de mon seul point (tout relativement) fort, la descente, pour essayer de rattraper quelques coureurs.
A partir du ravitaillement le trajet est commun avec le GR 73 et je ne tarde pas à m'en rendre compte de moi-même : je suis doublée par un bolide sur ma droite alors que j'avais l'impression de
pas mal me donner … Mais bon j'ai l'habitude.. Je sais que ma "vélocité" en descente est toute relative …Elle est correcte par rapport aux coureurs qui font les mêmes temps que moi, mais par
rapport au 5ème du GR 73, car c'était lui, j'ai l'impression de reculer ...!! J'ai vécu d'ailleurs exactement le même phénomène sur le duathlon d'Orsay, sur la partie VTT…
Et finalement, après m'être sentie moins ridicule par le "doublage" des 6ème et 7ème (leur point fort à eux doit plus être la montée) je rattrape tout de même deux filles du
28 km. J'ai peur d'être une grosse prétentieuse en leur demandant poliment si elles veulent bien me laisser les doubler.. J'entame donc une descente qui me parait scabreuse dans les pierres mais
je ne veux pas les avoir dépassées pour les bloquer derrière moi … Un peu plus loin je me prends les pieds dans une pierre qui dépasse, pense très fort à Agnès,…mais me rattrape…
Zut, des crampes s'installent derrière les cuisses et aux mollets … Evidemment pas de Sporténine sur moi.. Aïe !! Ne surtout pas m'arrêter je tiens à conserver mes 5 coureuses derrière moi !! Du
coup pas d'étirements possibles, fierté surement mal placée, oblige .. Je bois un coup (pas d'envie pipi depuis au moins 6 heures de course approximatives, toujours aucune notion de l'heure ceci
dit, ce qui signifie hydratation insuffisante… Mais heureusement, car je n'aurais pas survécu mentalement à une pause pipi à ce moment là, j'en suis à compter les secondes).
J'essaie de me décontracter au maximum, et continue, quand je tombe sur un bambin de 5-6 ans à vue de nez, qui joue aux petites voitures au bord du chemin, et qui m'annonce "plus qu'un
kilomètre!!" "TU ES SUR ???" Je ne peux pas y croire .. Cela m'a paru court, je ne peux pas m'imaginer avoir déjà fait 7 km … "oui c'est ma mémé qui me l'a dit" !! Ha bon, alors là, si mémé l'a
dit… Et là, comme par hasard, les crampes disparaissent… et au bout du chemin une route goudronnée, des promeneurs avec une poussette, l'église en vue !!! Deux bénévoles au bord de la route à qui
je demande un brin affolée s'il y a un détour à faire dans le village ... "NON, plus que 400 mètres "!!!
Evidemment, d'une seconde à l'autre, 400 mètres me semblent une éternité, mais je reconnais, j'arrive où j'avais attendu Olivier l'année dernière, j'approche VRAIMENT …. Plus que la ligne droite
sur le parking avec l'arche d'arrivée en vue !! J'entends Marie Ange Agnès et Pierre-Yves qui m'encouragent !!!! C'est FINI !
QUE DU BONHEUR !! Deux demi courses en une réussies. Je n'ai même pas souffert, mais là, merci Agnès !! Mon rôle dans ma première demi course m'a bien plu, j'espère avoir été à la hauteur.. et qu'elle ne m'en veut pas de l'avoir embarquée la dedans…La deuxième demi course en "Dernier des Mohicans" revisité certes, (en moins athlétique et moins héroique), m'a bien plu aussi ! Au total pas de pêtage de chronomètre, deuxième demi course en environ 2h30 ..mais du coup pas de stress ..
Définitivement JE PREFERE LE TRAIL au marathon, et LA MONTAGNE au macadam Parisien !!! Je suis réconciliée avec la course à pied et prête, mentalement au moins, pour le 35 km du Verdon, qui
s'intègre dans mon projet de tenter le semi raid de La Réunion .. si je trouve un(e) co-équipier(e) ... (ceci est un appel au secours, RECHERCHE compagnie dans le cirque de Mafate !!...
Promis juré, je m'équiperai mieux et pourrai parer à d'éventuelles blessures !!)
J-8 = 1 mois sans course, je commence à pêter un plomb, je sors de chez l’orthopédiste. Verdict = j’ai une tendinite, seules des semelles pourront me permettre de recourir comme un lapin, mais le petit savoyard est dans moins de 8 jours, c’est fichu, je ne trouverai jamais un podologue qui puisse me faire des semelles en 48 h chrono !
Je dois hélas avec grand regret annoncer à mon ex, future coéquipière que je vais devoir l’abandonner pour ce périple qui murit depuis si longtemps dans ma tête, à moins que ………… la fée ne trouve le PODOLOGUE qui pourra me livrer mes semelles en 48h00 chrono !
J-3 = On a trouvé mieux que LA REDOUTE, je sors de chez le podologue avec mes semelles, le moral revient, dans un coin de ma tête l’espoir de participer à cette aventure n’est plus derrière moi, même si le médecin que je viens de quitter est perplexe, des semelles doivent être testées sur plusieurs semaines. Tant pis, je pars dès ce soir galoper pour baptiser mes nouveaux pieds, j’ai la boule au ventre, serait-ce des semelles magiques ! j’en bave, un mois sans entraînement, mais il faut y croire ! 1h00 de course sans aucune douleur au genou, ça y est le petit savoyard n’est plus un rêve, c’est dans moins de 2 jours, je suis ravie, excitée, je SMS tout de suite à mon futur coach la bonne nouvelle.
JOUR J
Je vérifie une dernière fois mon sac à l’aide de mon cher et tendre qui à l’habitude des trails lui !!!!!, sauf qu’il a oublié l’essentiel vous allez comprendre pourquoi….. mon ami m’a prêté ses bâtons, il parait que ça peut être utile…qu’aurais-je fait sans eux….
Je suis excitée, mais pas du tout angoissée, je n’y crois pas, je suis à moins d’1/2 heure du départ, j’ai jamais fait de trail de ma vie, je sais pas où je vais, j’ai aux pieds des chaussures jamais testées que Patricia m’a gentiment prêtées, pas d’entraînement depuis plus d’un mois, une tendinite qui peut se réveiller dès les premiers km, mais j’ai réussi un marathon alors pourquoi pas un trail de 28 km …………. !!!!!!
Insouciante, le sourire aux lèvres, je guette l’arrivée de mes amis qui se font attendre, et j’ai un moment de panique et si au dernier moment Alice ne pouvait pas le faire……. mais ce ne sont que des illusions car je la vois pointer le bout de son nez, elle me montre du doigt le haut de la montagne et me dit tu vois on va grimper tout là haut, et là je sens la panique m’envahir, je ne peux plus reculer, nous sommes à une minute du départ, le coup de sifflet est donné et c’est parti pour 28 km de folles, émouvantes et pittoresques aventures !!!!!!!!!!!
On commence à grimper, les premiers traileurs nous distancent peu à peu, je ne vois plus les pymas qui sont déjà loin devant, j’essaie d’accélérer mais je n’ai plus de souffle, je récolte les fruits de mes mes 20 années de cigarettes, et là je me dis « j’arrête de fumer » !!!!!
Je vois Alice prendre de l’avance, elle est rapide, elle n’a pas l’air de peiner comment fait-elle ? elle est dans son élément « la montagne « ça fait plaisir de la voir, elle qui était si déprimée après le marathon, je suis super contente pour elle, elle sautille comme un cabri sauf que moi la montagne je ne maîtrise qu’avec des skis aux pieds….. Et à cet instant j’ai compris qu’elle allait devenir mon coach jusqu’au bout et que j’allais devenir son boulet. Je commence à me demander dans quoi me suis-je embarquée ? je transpire, j’en peux plus, je bois, je souffle, je me plaint toutes les 5 mn, j’ai le sentiment que je n’y arriverai jamais, et on grimpe, on grimpe toujours, je m’aperçois que nous sommes les deux dernières de la course et là le moral commence à tomber, je m’en veux car je retarde Alice, qui a du potentiel et qui je le sais très bien aurait souhaité améliorer son temps par rapport à l’année passée, mais ce qu’elle ne sait pas encore c’est qu’elle va devoir se trainer un boulet pendant XX kms.
Le réveil du premier bobo, je sens une brûlure derrière le pied, ça ressemble à une ampoule, je demande à mon médecin si elle a des compeed et elle me répond ah ! Non j’ai pas pensé que nous pourrions en avoir besoin et là je la hais…………le premier ravitaillement est dans 15 kms, je suis mal très mal j’ai des échauffements sous les pieds, mes nouvelles semelles sans doute, je m’arrête plusieurs fois pour me badigeonner de crème mais l’ampoule est là, je ne pourrais jamais tenir 15 km . J’ai envie de pleurer et d’hurler.
Alors, Alice a compris que si elle voulait me faire avancer, il fallait détourner mon attention, et que j’arrête de m’apitoyer sur mon sort, chose que je sais très bien faire ! Alors elle essaie de dédramatiser me faire prendre du plaisir et me faire découvrir la montagne sous une forme plus agréable, alors on se l’a joue touristes, photographes, confidentes, découverte de la nature, les paysages sont magnifiques, j’en bave mais ça vaut le coup, le décor est merveilleux.
Objectif réussi, j’ai laissé mes états d’âmes derrière moi et je commence à prendre enfin du plaisir dans cette grande aventure.
10ème km, nos sauveuses ! on aperçoit 3 personnes derrière nous, le soulagement, nous ne sommes pas les dernières, ça parait bête mais ça nous redonne la patate, avec un peu de chance, elles auront des compeed elles !!!! ………..de vraies traileuses super équipées avec une trousse de secours, je soigne mon ampoule qui n’est pas belle à voir. Enfin je repars, pas pour longtemps hélas , car au bout de deux mètres, en pleine descente, je glisse sur une pierre mouillée et je m’ouvre le coude, je saigne abondamment et là ma coacheuse, panseuse, arrive à la rescousse, et me soigne encore une fois de plus …………
Et à ce moment là je sais que mon objectif va s’arrêter dans 5km, et pourtant j’ai fait apparemment le plus dur, on commence à moins grimper, j’ai l’impression de moins me plaindre, j’essaie de faire comprendre à ma coéquipière que je vais la lâcher au premier ravito, je n’en peux plus, j’ai mal évalué cette course, mais je suis contente, j’essaie de me rassurer j’ai quand même réussi à tenir 15 km les plus durs parait il, je me rassure en me disant que peut-être que sans tendinite et avec de l’entrainement j’aurais pu passer dignement la ligne d’arrivée main dans la main avec mon bînome. Alice essaie de ma faire changer d’avis, mais les douleurs au genou commencent à se faire sentir, ma tendinite se réveille, ça fait 3h30 que nous marchons, on aperçoit le village au loin, je suis contente et déçue à la fois, j’y ai cru, mais je me dis qu’Alice doit aussi profiter de sa course, c’est le moment ou jamais qu’elle se lâche, alors je lui dis éclate toi pour les 13 derniers km même si je culpabilise un peu de la laisser seule, ma tête voudrait continuer mais il faut être raisonnable physiquement je ne peux plus , et je me félicite de pouvoir venir l’acclamer dès son arrivée. Elle comprend qu’il est inutile et pas sérieux de me faire changer d’avis et elle n’insiste pas. On arrive au ravito, un bénévole prend l’unique photo du binôme de choc, et c’est au 15ème kms ainsi que nos chemins se séparent.
J’arrive au point de rencontre, je cherche les pymas et j’aperçois Pierre-Yves allongé comme une larve sur l’herbe, il a l’air exténué lui aussi, chacun commente son aventure, ça me rassure ils en ont bavé aussi,. On part manger et on se languit de voir arriver notre reine de la montagne, on l’aperçoit au loin, elle a les yeux pétillants, je suis fière d’elle, elle a carburé sur les treize derniers kms, sans boulet c’est quand même le pied !!!!!!!!!!!!!
Conclusion : Je ne peux plus ARQUER, mais sans aucun regret, merci de m’avoir supportée, soignée, pansée, et coatchée, j’en ai bavé, mais pourquoi pas trailer, dans quelques années après m’être entrainée en montées avec le TGVV dans les bois Villebonnais.
Et ça m’a conforté à l’idée qu’on est mieux dans un canapé !!!!!!!!!!!!
Agnès
Hé ben, moi qui comptais courir un petit Savoyard en un peu plus long !! Finalement 5 km de plus, c'est beaucoup plus long, il faisait beaucoup plus chaud, le terrain était beaucoup plus cassant !!!! Je n'avais pas ma coéquipière avec moi pour me rappeler de prendre des Compeeds, et une fois de plus je n'avais rien préparé, rien lu; pas eu le temps; ce qui m'a encore valu des coups d'Adrénaline !!!
Vendredi après midi, une fois passé le stress du travail le matin et des bagages à boucler avant l'heure du train, (pas pu les faire la veille, restau à midi, formation le soir), une fois passé le moment désagréable où j'apprends que nous allons rater demain matin la petite pièce de théâtre de Fabien à l'école, dans laquelle il parait qu'il est très bon, et que nous ne verrons pas les photos avec les parents et enfants de la mini classe transplantée de voile… après un moment de doute intense où je me dis que j'annule tout et que je reste là, après une course folle sur le quai avec nos très encombrants bagages…..ouf, petit moment de détente dans le TGV, lecture, SMS aux copines qui m'encouragent déjà !
Arrivés à Aiguines à minuit, accueil de Guillaume dans le camping, qui passe finalement la nuit ici au lieu de chez ses parents, les deux tentes super express Queshua sont heureusement montées en deux minutes.
Mauvaise nuit trop courte (faut dire que je ne sais pas quelle mouche me pique de me mettre à bouquiner au lieu de dormir et pas moyen de ressortir de mon livre …), puis je travaille l'échauffement … Première fois que je m'échauffe pour une course de cette taille…Bon je sais qu'à coté du 100, j'ai l'air ridicule à parler de la grande taille de cette course, mais pour moi qui viens d'opter pour les tous petits formats de mes 2 dernières courses (12 km du Castor Fou et 8 km d'Orsay), je suis tout de même un peu impressionnée par ces 35 km…
Bref, l'échauffement : Nous commençons par descendre au village chercher les dossards. Grande trouille au passage parce que je ne savais pas que pour le 35 km comme pour le 100 il fallait un sifflet, une casquette (ce qui finalement se conçoit bien à posteriori quand on connaît le parcours et les conditions météo, z'auraient même pu mettre crème solaire obligatoire), de l'élasto, ET une veste de pluie plus une couverture de survie !!! Comble de l'ironie compte tenu des 37° de température que nous allons nous payer comme je le saurai plus tard, il me manque tout sauf … la veste de pluie et la couverture de survie !! Re grand moment de lassitude où je me dis que j'ai usé mes nerfs hier pour rien … j'aurais vraiment du rester à Villebon avec les enfants …. Heureusement, je me fais "prêter" ce qui me manque, je peux retirer mon dossard, et j'oublie mes états d'âme.
Retour au camping (Ca monte et il fait déjà chaud) parce que nous n'avons pas encore petit déjeuné. Et là tout s'emballe ! J'ai perdu mon appareil photo !! Deux tours de camping au trot pour le retrouver dans la désorganisation la plus totale !! J'arrive au départ déjà dégoulinante de sueur !!! J'ai raté "l'appel" des concurrents ... Ouf Olivier a signalé que j'étais bien là …
Je vais peut être pouvoir me concentrer un peu sur cette course …Bonne nouvelle, nous partons avec les "centbornards" et notre parcours est le même jusqu'au bout des 35 km et Domi et Pierre voulant partir lentement, j'ai peut être une chance (en me mettant sûrement à mon max…) de les suivre. Vraiment bonne idée que de nous faire partir ensemble parce que cela m'évitera de compter les coureurs qui sont derrière moi comme sur l'eco trail de Sommand !
C'est parti, je me retourne avec un petit pincement au cœur pour dire au revoir à mes enfants à qui je n'ai pas eu le temps de dire comment s'occuper pendant notre absence …
Le début est particulièrement lent, ca bouchonne dans les rues étroites d'Aiguines, ça discute et ça plaisante. J'ai l'impression, comme lorsque j'avais couru pour la première fois avec Pascale et Marie Ange, d'avoir accès à la cour des grands en me scotchant au pas de Domi et Pierre, et quelques minutes au pas de Manu (Rapace) qui disparaît bien vite. Comme prévu, à part dans les bouchons du début, la lenteur des "grands" est limite rapide pour moi, je sue à grosses gouttes, beurk... Je tiens avec eux tant que nous sommes en sous bois, puis les laisse partir en prenant quelques minutes pour avaler un premier gel et boire. Dommage parce que c'était bien sympa de discuter avec eux ... Pendant la montée nous bavardons avec une femme enceinte de 5 mois et demi !!! qui était inscrite sur le 100 !!! mais qui a dû rendre son dossard... Elle s'essaye en "randonneuse" comme elle dit sur le 35. Randonneuse entre guillemets puisqu'elle finira devant moi …. Mais bon, enceinte de 5 mois et demi elle doit peser 5 kilos de moins que moi et elle court manifestement depuis le berceau … Elle a du sauter l'étape de la marche ….Passée directement au trail ….
Fin de la montée, magnifique crête aérienne et petit sommet .. Ouinnn, m'ont pas attendue … Tant pis, je pensais au départ courir seule…. Petite pause photos : je demande à des coureurs de me prendre, je les prends à leur tour.
Puis c'est la descente, pas très pentue pour l'instant, mais pas facile, plein de rochers partout. Je vois la silhouette en rouge de quelqu'un devant moi, cela m'aide à trouver les balises et le bon cheminement, parce qu'il faut une attention constante sur les pieds, du buis à profusion cachant souvent le sol …
0 surprise, je rejoins Domi et Pierre un peu avant le premier ravitaillement !! Je croyais les avoir "perdus pour toujours " !!
Au ravitaillement, Sandrine (Taz) est là, cela fait plaisir. Remplissage des gourdes et du camel back, comment on fait pour l'ouvrir ??? Puis pour le refermer ??? Je ne mange rien ... Rien que j'aime ou qui me donne envie... ils ne proposent que lardons (ou jambon ?) chips ou Curly … Heureusement que j'ai des pâtes de fruit et d'amande dans le sac…
Re photo, puis c'est reparti un peu après Pierre et Domi que je vois au bout d'un long chemin large et grosso modo plat. Ils marchent. Je me dis que si je ne cours pas là, je ne courrai sûrement jamais sur ce trail, donc je les rattrape au petit trot, en leur disant au passage qu'ils me redépasseront certainement très vite. Je me sens comme toujours grosse prétentieuse quand je double, mais finalement, Pierre court un peu avec moi, laissant Domi. Eternel problème des binômes, l'un est meilleur à la montée l'autre à la descente, s'ils s'attendent tous les deux sur leur point faible, ils vont faire le double de leur propre temps …. Je ne profite pas bien longtemps de sa compagnie, il va plus vite que moi … Fin de notre périple ensemble, je ne les reverrai plus ni l'un ni l'autre. Sur cette portion large et la seule roulante de tout le trail je vois un coureur du 35 en sens inverse, qui semble avoir oublié quelque chose au ravitaillement ?... Mais quelques minutes plus tard, deux ou trois autres coureurs du 100 qui vont vite … Compris !! Nous sommes sur la partie ou l'aller et le retour passent par le même chemin, et à posteriori je pense que c'étaient les premiers des deux courses vu le chemin à parcourir avant de revenir ici !!
La chaleur devient vraiment pesante, j'ai du mal à boire au camel back, il faut que je m'arrête de temps en temps à l'ombre pour boire à la gourde. Ce n'est pas la plus belle partie de la course, j'ai rangé l'appareil photo. 2ème ravitaillement, liquide uniquement. Arrêt très court. On traverse une route, je fais une pause pour enlever un caillou qui me gêne depuis un bout de temps et me rebadigeonner les pieds de Nok. Zut ce n'est pas un caillou mais une magnifique ampoule et là, brutalement, je me souviens des bons conseils d'Agnès : il faut avoir des Compeeds sur soi !! Je l'ai pourtant écoutée, ma coéquipière, je me suis préparée une magnifique boite à pharmacie petite, compacte, mais ... en métal, et au dernier moment je l'ai laissée sous la tente, la trouvant trop lourde …Tu vois Agnès j'ai tout de même progressé ….L'étape suivante sera de la mettre dans mon sac de trail… Tant pis, j'assume et me badigeonne de Nok (sans résultat… Grande découverte : la Nok ne marche pas sur ampoule déjà formée …)
Ceci dit brutalement j'oublie mes pieds : question paysage et terrain, la suite est le début de l'extase ! Un plongeon dans les gorges du Verdon !! Autant je m'ennuyais un peu sur le chemin avant le ravitaillement, autant je m'amuse dans cette descente vertigineuse, que les organisateurs ont tapissée du signe "attention" du code de la route, en orange fluo. Des bénévoles nous annoncent que ca glisse. Je suis deux hommes du 100 … que je finis, incroyable mais vrai, par doubler !! Nous atteignons le fond des gorges, où le cheminement devient vraiment ludique. Je ne résiste pas et ressors mon appareil photo. C'est trop beau, impossible de passer par là sans s'arrêter, mitrailler, regarder. De toute façon la vitesse n'étant pas mon truc, autant avoir un alibi !!
Pendant tout le passage du fond des gorges je m'amuse vraiment, me donne l'impression de papillonner plus que de courir un 35 km …et parle sans cesse avec les coureurs qui sont devant ou derrière moi, pour la plupart des "centbornards", les photographie (ca donne une idée de l'échelle, ca pose mieux l'ambiance, … et je n'ose tout de même pas leur demander de me photographier moi…), tout en leur promettant de mettre le lien de mes photos sur UFO et Kikourou. L'un deux s'est fait un plan de route super précis avec des temps de passage pour chaque lieu dit et ravitaillement. Il est en mesure de m'annoncer que je peux arriver en 8h20 vu l'endroit et l'heure où nous nous trouvons… Moi qui n'ai pas de montre, qui n'ai pas regardé le road book, qui n'ai aucune idée du nombre de km déjà parcourus...). Ce temps me catastrophe un peu sur le coup, alors qu'il s'est malheureusement trompé (ou que je ralentis après) et que je mettrai plus longtemps que ca en fait… Je suis persuadée être la seule du 35 km mais m'apercois avec joie que ce n'est pas le cas.
Des passages avec câbles sur le coté puis cordes à deux mains puis échelles se succèdent pour mon plus grand plaisir (heureusement que j'ai prévu de quoi accrocher les bâtons sur le sac car ils seraient plus que gênants dans ces passages). Dans un des passages les plus vertigineux, des bénévoles nous parent en cas de chute, d'autres nous photographient, tous nous encouragent, l'ambiance est extra, MERCI à eux.
Ca dénivelle sérieusement. Nous croisons des grimpeurs. Pour mettre dans le ton, une plaque commémorative rappelle que deux personnes sont décédées sur ces lieux …
Puis nous débouchons sur une route et sur le 2ème ravitaillement solide, où je retrouve encore Sandrine avec grand plaisir. Elle m'annonce que Pierre est passé il y a au moins 20 minutes et qu'il est en super forme !! J'arrive là à manger quelques chips, boit 2 verres de coca, fais le plein d'eau, me laisse impressionner par le bruit de deux hélicoptères, ce qui annonce un blessé … (j'apprendrai heureusement plus tard que ce n'est pas une blessure grave), interroge les bénévoles sur la suite du parcours : ils ne sont au courant de rien ! Bon nombre de coureurs sont assis et je me fais la réflexion, non sans une certaine satisfaction, il faut bien le dire, qu'ils ont l'air plus fatigués que je ne le suis moi-même. Je reprends les bâtons, et c'est reparti.
Ca monte encore un peu puis nous nous retrouvons sur le chemin large sur lequel j'avais croisé les coureurs qui revenaient déjà. Je reprends là le pas de course (faut bien quand même une fois de temps en temps…) et double (SI SI !!!) deux hommes à l'allure pourtant sportive, non sans avoir auparavant discuté le coup avec eux. (En fait évidemment, un des deux a mal au genou, ce n'est que grâce à sa blessure que je lui passe devant). Faut bien profiter de ce que je suis une des seules femmes du coin, entourée de beaux mâââles sportifs, n'est ce pas Marie Ange ? "On peut regarder la carte, tant qu'on ne consomme pas" est son expression favorite qui va finir par être la mienne moi aussi ! (Olivier je te fais juste un peu enrager, sur ce coup là).
Arrivée à l'emplacement du premier ravitaillement …je suis très déçue !! Les bénévoles nous avaient dit "à tout à l'heure", je pensais du coup les retrouver ici, mais ils se sont déplacés et sont beaucoup plus loin. Ca se remet à monter beaucoup plus dur et à chauffer fort. Des bouffées d'air chaud arrivent par moment, on dirait l'air qui sort de mon radiateur électrique en plein hiver … Pause pipi juste avant un petit passage de semi escalade, qui me permet de retrouver mon souffle, de vérifier que je suis mieux hydratée que sur l'eco trail et le petit savoyard (10 heures de course pour l'une, 6h30 pour l'autre, sans aucune diurèse!!) avec un paysage grandiose en face, un beau tableau de chasse : 3 moustiques tués en pleine action, et quelques photos. J'entends des coureurs passer pendant ce temps là … C'est tout de même un handicap d'être obligée d'aller se planquer dans les fourrés pour ne pas montrer ses fesses à tout le monde … Ceci dit je repars plus fraiche et rejoins …les deux coureurs que j'avais doublés sur le plat, qui sont très étonnés de me retrouver derrière eux !
Traversée de grands pierriers, cheminement dans du buis à nouveau à profusion, réflexion que rien dans mon allure ne pourrait évoquer, même de loin, le dernier des Mohicans comme je me l'imaginais pendant le petit Savoyard (ICI), vue extraordinaire sur le Verdon tout au fond très loin là bas, puis descente en chute libre…
Petite pause sous un arbre, où tous les coureurs qui suivent s'arrêtent également. Ils m'annoncent que nous allons entamer la dernière montée avant le dernier ravitaillement pour moi (pour eux il reste de la route à faire…) Je me prends donc mon troisième et dernier gel, répond au coup de téléphone de Marion : mes pauvres enfants m'attendent déjà depuis un moment sur la ligne d'arrivée et aimeraient savoir si j'en ai encore pour longtemps… Ils sont un peu déconfis de savoir qu'il me reste une grande montée puis 6 km encore derrière … et prennent le parti de rejoindre le camping.
Je redémarre scotchée aux pas de deux coureurs, et entame avec eux une discussion sur le prix de l'immobilier chez eux, à St Tropez, (ou St Raphael ? les endorphines, ou la fatigue, ou la chaleur, ou les trois m'embrouillent les neurones…) ce qui a la vertu de me faire finalement paraître très courte et pas du tout inabordable comme prévu la dernière montée annoncée sévère !! Encouragements et applaudissements de supporters qui nous annoncent le ravitaillement tout proche !
Au ravitaillement, re plein d'eau : j'ai bu toutes mes réserves !!! Chips, coca, discussion avec une bénévole sympa qui aimerait être à notre place, qui me prend en photo, et qui me dit que seulement cent coureurs du 35 km sont passés !! j'ai là un vague espoir de m'être améliorée par rapport à mon classement habituel, mais j'apprendrai plus tard que ce n'est que grâce à un fort taux d'abandon …Pas de Sandrine. C'est mauvais signe pour Dominique … et je repars, avant tous ceux qui m'accompagnaient depuis longtemps déjà, dommage.
Traversée de route, puis sous bois, nouvelle pause pipi (quelle perte de temps !!), puis c'est la bifurcation. Les routes des 35 et 100 km se séparent ici, je ne reverrai donc pas mes compagnons de route, et je ne reverrai en fait plus PERSONNE ni devant ni derrière moi jusqu'au village !! Descente droit vers le lac de Ste Croix, (ouille les pieds) puis virage à gauche, ça remonte légèrement sur une petite route goudronnée, ça tourne, à nouveau, retour à la civilisation avec quelques maisons le long de la route, et … je commence à entendre le son des hauts parleurs d'Aiguines ou j'ai des hallucinations auditives ??? Mais si c'est bien ça, mais il doit y avoir une boucle à refaire, il va falloir se re-éloigner d'Aiguines avant de revenir, ce n'est pas possible, je ne PEUX pas être déjà bientôt arrivée !!! Pourtant ça se précise, je distingue vraiment clairement que la femme qui tient le micro annonce l'arrivée d'un couple !!! Ca monte toujours sur la même route, je vois la femme enceinte qui remonte en voiture, j'entends qu'ils annoncent une arrivée au micro : C'EST LA MIENNE !!!! Le château d'Aiguines est là, un bénévole m'encourage, virage à gauche, ca redescend, je peux même me remettre à courir et CA Y EST, c'est la LIGNE D'ARRIVEE sous les applaudissements de Guillaume, ses parents, Dominique et Sandrine !!!
OUF !! Quelle BELLE COURSE, quel PAYSAGE MAGNIFIQUE !!
Encore pas de super classement, mais la satisfaction d'être allée au bout, ce qui malheureusement n'aura pas été le cas de tous vu l'énorme taux d'abandons ou d'arrêts par les barrières horaires en particulier sur le 100 km. Le Verdon pour Olivier restera t'il la course qui résiste encore et toujours à ses assauts comme le village d'Astérix résiste encore et toujours à l'envahisseur ? Merci en tout cas à Guillaume d'avoir finalement bifurqué sur le 35 km au moment du virage fatidique entre les deux courses, et à Domi d'avoir arrêté, rien que pour être là pour mon arrivée !! Mais non, je n'ai pas la grosse tête … Ceci dit il parait que la course à pied développe l'ego …
Encore un beau WE qui nous donne l'impression d'avoir passé une semaine entière de vacances et d'avoir vécu intensément !!!