Libérées par le cerveau de façon significative pendant et après l’exercice physique, les
endorphines nous permettent parfois d’atteindre « l’extase »
Les endorphines sont un antalgique naturel de longue durée, proche de la morphine,
produit par l’organisme pour contrer la douleur. Elles se trouvent dans des glandes
situées près du cerveau et agissent sur des zones du cerveau qui captent les opiacés
(morphine par exemple), en particulier des zones associées à la perception de la douleur.
Les endorphines sont secrétées dans différentes situations : le plus souvent en cas de
stress intense, qu’il soit psychologique ou physique, mais aussi et surtout durant
l’exercice musculaire.
Ainsi il est de plus en plus admis dans la communauté scientifique que l’organisme humain
produirait une quantité d’endorphines plus importante lors d’un entraînement vigoureux :
le taux d’endorphines étant directement lié à l’intensité et à la dureté de l’exercice.
Les sports d’endurance sont les plus « endorphinogènes » : le jogging, le vélo, la
natation, les balades en raquettes et le ski de fond.
Malheureusement, il ne suffit pas de courir pour goûter aux endorphines, il faut
maintenir l’effort pendant au minimum une demi-heure en gardant un rythme dit
« confortable », c'est-à-dire supérieur à 60 % de ses capacités respiratoires. En 1984,
une étude menée par des médecins américains a identifié dans la littérature sportive 27
expressions ou qualificatifs décrivant cet état particulier. Parmi les plus fréquemment
utilisés : euphorie, spiritualité, puissance, grâce, déplacement sans effort, vision
momentanée de la perfection, flottement dans l’irréel. C’est ce que les sportifs appellent
« l’extase du coureur ». Nombreux sont ceux et celles qui affirment : « Il est vital
pour mon équilibre que j’aille courir, après une demi-heure difficile je suis submergée
par une sensation de plaisir, souvent je résous certains problèmes, j’ai l’impression d’être
plus lucide, de mieux réfléchir.
Ainsi l’effet anesthésiant et euphorisant des endorphines permet de penser qu’elles
pourraient intervenir pour limiter les sensations douloureuses lors des activités
physiques intenses.
Parmi les autres particularités, on note souvent que les sportifs réguliers sont moins
sujet au stress que les non sportifs, ceci s’expliquerait par un autre effet des
endorphines : l’effet anxiolytique, propriété reconnue aussi de la morphine. Cet effet
serait valable sur une durée de deux à six heures en fonction des personnes et de
l’effort fourni.
Enfin ces hormones sont aussi antalgiques ce qui permet de pousser un peu plus loin son
effort puisqu’elles inhibent les douleurs d’origines musculaire ou tendineuse. Ce qui peut
d’ailleurs constituer le revers de la médaille : en cas de blessure le coureur peut
poursuivre son effort alors qu’il devrait le stopper.
Autre travers : comme tout pratiquant que nous sommes, on peut s’apercevoir qu’après
une séance dure ou de fractionné en soirée, le sommeil aura du mal à venir, il s’agit là
probablement de l’effet euphorisant et excitant des endorphines.
Certaines personnes peuvent aussi devenir obsédées par leur condition physique, leur
poids ou leurs performances. Elles ne peuvent alors pratiquement plus cesser leur
entraînement, même pour une seule journée ! L’entraînement devient alors une
« compulsion », la personne ne peut résister au besoin de faire de l’exercice sans
ressentir de l’angoisse ou, du moins une forte culpabilité.
Attention donc, car si la recherche de la performance maximale n’est pas mauvaise en
soi, il faut néanmoins comprendre qu’on ne peut être au sommet de sa forme physique
qu’une ou deux fois par an, pendant une période de deux semaines environ.
Malheureusement, beaucoup essaient d’être au sommet douze mois par an et leur vie
sportive peut alors se caractériser par une myriade de blessures.
Les adeptes qui deviennent dépendants de l’exercice ressentent un profond malaise
d’angoisse, de culpabilité, s’ils manquent une session d’entraînement et ils ont la
perception qu’ils doivent toujours augmenter la dose pour obtenir les mêmes résultats.
Ceci résulte d’une augmentation toujours grandissante du temps consacré à
l’entraînement, ce dernier commence alors à empiéter sur le temps consacré à la famille,
aux amis et même au travail. De plus, au niveau physiologique, on note une augmentation
des blessures de surentraînement, l’apparition d’une fatigue générale voire même un
affaiblissement du système immunitaire.
Très souvent, même la personnalité de l’individu accro de l’exercice va changer, surtout
lorsque celui-ci sera obligé de sauter un ou deux entraînements à cause d’une blessure ou
autres événements, les sentiments de culpabilité et de frustration engendrent alors
des comportements que l’on pourrait qualifier d’asociaux : agressivité, retrait, repli sur
soi.
La dépendance liée à l’exercice et sa production d’endorphine est plus répandue qu’on ne
le pense et, lorsque celle-ci nuit franchement à la vie de celui ou celle qui en souffre, il
est alors recommandé de consulter un spécialiste.
Il ne s’agit pas d’arrêter totalement l’entraînement mais d’élaborer un entraînement avec
l’aide d’un professionnel de l’activité physique.
Pas de panique cependant, ces comportements extrêmes ne se rencontrent que
rarement sauf lors de doses importantes, voire quotidiennes.
Un extrait de « Santé et Forme », du docteur Nicolas Bompard, tiré du
journal JOGGING.