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SEMI RAID DE LA REUNION ou la course aux barrières horaires, par Alice

 

Magnifique course …. Jusqu’ à la barrière horaire de Deux Bras à 13heures …


24 octobre 2008, 4h du matin, ambiance étrange du stade de Cilaos sous la brume, départ plein d’émotion avec petite larme, magnifique ruban lumineux des frontales de 1200 coureurs s’étalant jusqu’au loin dans la montagne, chants bizarres d’oiseaux exotiques dans la nuit, alternance petite trotte, marche rapide jusqu’au premier ravitaillement. 15 minutes d’avance sur la 1ere barrière horaire. Départ raide du sentier du Taïbit avec quelques bouchons. Lever de soleil sur la montagne avec mer de nuages, rythme parfait, photos. Descente « à fond » les jambes suivent, je double !! Marlat avec 1h30 d’avance sur la barrière horaire. Tout baigne, mais rien de gagné, je le sais …

Roche Plate avec 1heure d’avance sur la barrière horaire. 21 km de parcourus .. C’est tout ? Encore 2 fois ça à parcourir ?? Soit, il faut y aller .. La descente continue, entrecoupée de raidillons, sous un soleil devenant de plomb. Poste de secours de la bifurcation Rivière des galets/Cayenne/Grand place les hauts. Beaucoup de coureurs arrêtés, certains allongés sur des lits de camp. On m’annonce une montée de 600 mètres que je n’avais absolument pas repérée sur le profil, qui finit par des marches bétonnées ... Premier petit coup au moral … Gel « coup de fouet » pour l’occasion.  Ma vitesse commence à décroitre… J’attends avec impatience les f.. marches bétonnées qui n’arrivent jamais. Il y a des centaines de marches, toutes plus hautes les unes que les autres, avec quelques fois un peu de .. béton (?) pour les consolider, mais ce ne sont jamais les bonnes…Les voilà tout de même, passage par un petit col, et redescente vers Grand place les bas/Ecole.

30 ème km. Enfin du salé au ravitaillement, mais plus de verres, personne cette fois pour remplir le camel back (aurais je pris la mauvaise habitude de me faire servir aux autres ravitaillements ?) qui est vide pour la première fois. Entraide entre coureurs, et c'est reparti. Cheminement dans le lit de la rivière des galets, avec nombreuses traversées du cours d'eau sur des rochers. Je ne sais pas du tout où j'en suis des km parcourus et de la prochaine barrière horaire, mais j'entends des coureurs avertis dire que si nous arrivons à courir jusqu'à deux bras, c'est encore faisable …J'ai donc perdu beaucoup de mon avance … Pourtant, la fatigue commence à se faire sentir, et je marcherais volontiers. Il fait toujours très chaud, mais à l'inverse de l'étape précédente je ne dégouline plus de sueur. Un vent relativement fort fait usage de sèche cheveux, essaye de m'arracher ma casquette que je suis obligée de tenir sur ma tête, ou d'enlever par moments, et m'envoie de la poussière sous les lentilles.. Lors d'une énième traversée de la rivière je me trouve d'une dextérité étonnante sur les gros blocs de pierre, lorsque … je fais un faux pas, bascule vers l'avant, me rattrape difficilement, tel un culbuto rebascule vers l'arrière,… quand un coureur tombé du ciel me double, m'attrape par le bras au vol, m'évite un bain de siège surement relativement inconfortable et me soutient jusqu'à la rive !! J'entends toujours dire autour de moi qu'il faut faire vite … et j'arrive, pressée par la barrière horaire, à alterner marche rapide et petit trottinement. Je vois cependant l'heure passer et je commence à stresser. Je crois atteindre Deux Bras à maintes reprises mais le chemin, bien que plat, est long, et n'en finit pas…

Enfin, voilà le ravitaillement et le pointage !! Il est 13h15, je n'ai plus qu'un quart d'heure d'avance sur la barrière …. Petit coup d'eau sur le visage, je me prends du sel de ma propre transpiration plein les yeux.  Yaourt liquide, morceau de banane, coca … Il y a des tables et des bancs à l'ombre de tentes, un monde incroyable attablé, mais … trop la queue pour se faire servir des pâtes pourtant bien alléchantes.. Dommage, une pause ici m'aurait bien tentée !

Je repars après avoir refait le plein d'eau, direction Dos d'Ane. J'apprendrai plus tard qu'à cette occasion je double 97 coureurs !

Là je connais le terrain, pour avoir fait la descente de Dos d'âne à deux Bras l'année dernière à la rencontre d'Olivier sur le grand raid, et la remontée en sa compagnie. Je suis donc relativement confiante. Mais j'oublie que j'ai fait en 2007 la remontée parfaitement fraiche, après une bonne nuit, en accompagnant Olivier, qui à ce stade de sa course, ayant déjà fait 121 km, allait à un rythme lent qui ne me fatiguait pas le moins du monde. Il en est aujourd'hui différemment.. Et je commence un calvaire… Après cependant un petit coup de fil distrayant qui me ferait presque oublier que je suis en train d'en baver à la Réunion, sous un soleil de plomb dans une montée titanesque, attaquée à la plus grosse course à laquelle j'aie jamais participé ! "Allooo, Dr Tribondeau" ? "Heu.. oui, c'est bien moi…mais vous savez, je suis en vacances, à l'étranger, je ne vais rien pouvoir faire pour vous, et ca va vous coûter cher en communication (et à moi aussi) …" "Voilà c'est Mme Machin, je vous appelle parce que je suis bien embêtée, je n'arrive pas à avoir un RV avec la cardiologue que vous m'avez conseillée avant mi novembre, pourriez vous l'appeler pour rapprocher mon RV ?" Screugneugneu, comment elle a mon numéro de portable ??? "Heu, non, comme je vous le disais … pff" j'halète, je ne sais pas comment j'arrive à aligner autant de mots…pff," je suis très loin de la France, et pfff pff ""oui, mais tout de même docteur, et blabla bla et bla bla bla et b…" "Appelez un de mes associés qui sont tous les deux au cabinet, et qui pourra mieux vous aider que moi" "ha bon, vous croyez ? Et blabla bla et bla bla bla" Dire que quand Olivier m'appelle pour prendre de mes nouvelles et m'encourager je fais très court parce que j'ai le souffle coupé lorsque je parle…."Bien au revoir Mme Machin, oui, c'est ça oui, à bientôt " Pfffff…

Je marque pour la première fois depuis le départ des pauses régulières, au cours desquelles je me fais allègrement doubler par tous ceux, qui, plus rapides que moi, sont arrivés à deux Bras bien avant moi, ont pris le temps de manger et reprennent plus frais que moi leur rythme qui est à la base déjà plus rapide que le mien. Je me retourne plusieurs fois, et constate au bout d'un moment qu'il n'y a plus grand monde derrière !!! Tous ceux qui ont pu repartir à temps de deux Bras ont du me doubler !! Il n'y a peut être plus personne derrière !! Le coup au moral est important, et lorsque j'entends, alors que je crois encore pour la énième fois être bientôt arrivée en haut de cette interminable montée faite de marches plus hautes les unes que les autres, qu'il ne reste PLUS que ½ heure, le coup est fatal !! Le découragement m'envahit.. Je sais que je dois être à 16 heures à Dos d'Ane, et je traine dans cette montée qui me semble infinie. Atteindre le prochain contrôle à l'heure semble un mirage .. Mon moral doit paraître sur mon visage, et mon coup de mou sur mon allure, parce qu'un homme, venu encourager sa femme, me prend par la main et me tire sur quelques mètres, tout en nous encourageant, sa femme et moi !! Cela m'apporte un petit regain de peps autant mental que physique, et je débouche sur la route où de nombreux spectateurs et accompagnants m'encouragent au passage. J'ai la larme qui monte… La, ce n'est encore pas gagné, cela monte toujours assez raide. Un autre homme vient encourager une autre coureuse qui est à ma hauteur, et lui aussi m'aide de ses conseils, que j'applique machinalement à la lettre. Quelle solidarité autour de cette course, c'est époustouflant, et encore une fois, les larmes approchent… Un peu plus loin, toute la famille de la coureuse qui est devant moi arrive et la pousse … Je fais de mon mieux pour ne pas me laisser distancer !! L'heure approche, plus que quelques minutes, il faut continuer de forcer l'allure, cela vaut le coup …. Et c'est enfin le pointage : il est 15h59 !!! 1 minute de la barrière !!

Panique à bord, je bois un verre d'eau… Et je repars !!! Je veux y arriver !!! J'ai fait 42 km, même pas autant que sur l'écotrail de Sommand !! Je VEUX dépasser le nombre de km que j'aie jamais parcourus en une seule étape. Je suis lente sur route, pas adaptée aux 10 km, je veux prendre ma revanche en faisant du long puisque je ne sais pas faire du rapide, et je vais être éjectée de cette f… course !!! Nouveaux encouragements, qui me font le même effet que les derniers, depuis la montée de deux Bras : la larme pointe et cette fois ci déborde … Je réalise que j'ai oublié de refaire le plein d'eau et de nourriture… Je n'ai aucune idée de ce qu'il me reste dans le camel back, et je n'ai plus qu'une barre de céréales… C'est la cata, c'est foutu, je n'y arriverai pas … Et sur ce, Olivier m'appelle … J'entends bien son "allo" insistant et répété, mais je ne peux pas répondre, l'émotion est trop grande, j'ai la voix coupée… quand enfin, … "Ouinnnn, …" et tout sort, je lui raconte mes malheurs entre deux sanglots … C'est pathétique … A tel point qu'Olivier décide d'arrêter là son grand raid, pour venir m'accueillir à la Redoute …

Quand je raccroche, pas vraiment rassérénée, mais un peu soulagée d'avoir laissé déborder le trop plein d'émotion, la montée redevient sévère et une pluie très fine mais très dense et très pénétrante commence à tomber. Le sol devient glissant. Je reprends mon allure irrégulière, entrecoupée d'arrêts. Et je me refais doubler par les coureurs qui se sont arrêtés et qui ont fait le plein, eux, au dernier ravitaillement… Puis c'est une crête interminable, une alternance de montées et faux plats descendants sur lesquels je reprends la course. Une brume épaisse s'est installée. Je pense que j'apprécierais beaucoup ce chemin si je ne l'empruntais pas à ce moment de la course… Je croise des bénévoles qui m'indiquent le prochain ravitaillement à une demi heure. Je poursuis mon cheminement en pataugeant de plus en plus, alors que la nuit commence à tomber. Il n'y a plus personne autour de moi, ni devant, ni derrière, mais la brume elle, est toujours présente. Soudain, je panique !! Il s'est écoulé plus d'une demi heure, j'ai du me tromper de chemin !!! Je compose le numéro d'Olivier … quand j'aperçois au loin, dans une descente la tente éclairée dans la nuit de l'avant dernier ravitaillement .. OUF !! La descente jusqu'au kiosque d'Affouches est périlleuse car raide et glissante comme une patinoire !! J'atteins le ravitaillement à 18h45 pile, heure à laquelle il ferme !! Je n'ai plus cette fois une seule minute de battement !!! Je bois une soupe en vitesse, et essaye un mélange eau coca dans le camel back, qui, au fait, ô miracle, n'était pas complètement vide !! J'opte pour cette solution qui me permet de boire et de me nourrir un peu en même temps et qui débulle le coca. Ce n'est pas très bon, mais moins écoeurant que du coca seul que je trouve trop sucré en seule boisson. Un bénévole me renseigne sur le reste du parcours : il ne reste que 13 km, tout en descente, mais dont 8 km jusqu'à Colorado, qu'il faut avoir atteint à 20heures …Lorsque je repars il n'est pas loin de 19 heures, il faudrait faire du 8 km/h dans la nuit et la boue sous la pluie. J'ai mal aux pieds, je dois avoir des ampoules…Je n'y crois plus, c'est fichu pour le temps… Mais ils ne pourront plus m'empêcher de finir, avec ou sans dossard, tant pis, j'irai au bout!!!

Sur une portion de chemin large et pas trop pentu je reprends la course, mais je suis très gênée par le manque de visibilité. Ma frontale éclaire plus la pluie qui tombe et qui fait écran entre mes yeux et mes pieds que le sol lui-même. Quand un coureur que j'ai dépassé au ravitaillement me redouble, j'arrive à l'accrocher un peu, aidée par sa lampe, mais s'il me distance un peu, je ralentis à nouveau par manque de visibilité. Pause pipi forcée, et lorsque je repars, une coureuse m'atteint. Je lui demande ce qu'elle pense de la suite, si elle croit possible que bous arrivions à temps. Elle pense comme moi finir coûte que coûte, sûrement sans dossard, mais finir quand même. Nous discutons un peu et nous décidons de finir ensemble puisque nous sommes seules toutes les deux !! Soudain tout va beaucoup mieux, nous bavardons, elle me raconte qu'elle vit à Mayotte, qu'elle a deux enfants, que son mari fait lui aussi le grand raid. Nous avons pris le parti de marcher, cela ne sert plus à rien de courir puisque nous serons hors délai. Le chemin s'est rétréci et a repris de la pente, c'est très glissant, je m'accroche à toutes les branches qui sont à portée de ma main pour enrayer de nombreuses glissades, tout en poussant bon nombre d'onomatopées et de jurons. Stéphanie, quant à elle, fait de nombreuses chutes et lorsque je me retourne, je la vois déjà au sol, alors que sa cape de pluie retombe doucement sur elle !! Heureusement le sol est tellement mou qu'elle ne se fait pas mal. Cependant plus nous avançons et plus nous sortons de la zone humide. La pluie cesse, et le sol redevient plus sur. Nous atteignons une prairie.

Soudain, un groupe nous rejoint, au pas de course. Un homme encourage deux ou trois femmes. Nous l'entendons qui les motive et qui leur dit de tenir bon jusqu'au ravitaillement. Il faut qu'elles courent encore, cela en vaut la peine, le premier du grand raid arrive, et s'il ne les a pas doublées à Colorado, elles garderont leur dossard !! Quand ils nous dépassent, il nous dit à nous aussi de les suivre et de nous accrocher, et nous leur emboitons le pas !! Quand nous atteignons Colorado, il est 20h40, nous avons 40 minutes de retard sur la barrière, mais le bénévole qui nous pointe nous rassure, nous gardons effectivement notre dossard !!! Alléluia !!!! Il nous conseille même de ne pas nous tordre une cheville, nous pourrons finir !!! Notre pause est encore très brève, et nous repartons tous ensemble, comme nous sommes arrivés, coachées par le même bonhomme, qui nous conseille de courir encore sur au moins un kilomètre, tant que le chemin est bon, parce que la suite est semble t'il terrible. C'est lorsqu'effectivement nous arrivons sur un sol irrégulier jonché de feuilles, racines, pierres, que les piles de ma frontale faiblissent. C'est trop bête, il faut impérativement que je les change, parce que le sol est trop incertain pour y aller à l'aveugle. Nous laissons donc partir nos compagnons d'un moment, et Stéphanie m'attend, m'aide et m'éclaire pendant l'opération. C'est une aide plus que précieuse pour moi, et je lui en suis énormément reconnaissante !! Elle aurait pu choisir à cet instant de finir avec le groupe qui nous a dépassées et coachées, mais elle choisi de m'attendre, pour mon plus grand plaisir !!

Nous continuons notre périple à la marche, le terrain étant toujours aussi difficile. Elle me dit avoir déjà fait des 100 km, c'est une coureuse confirmée !!

Nous sommes enfin doublées par le premier du grand raid, qui discute tranquille avec un accompagnateur, lequel lui éclaire le chemin. Il me semble bien ne rien lui voir porter, ni sac ni frontale, mais je suis dans un état un peu trop second pour être sûre de ce que je crois voir.

Au bout d'une descente interminable en lacets avec vue sur les lumières de St Denis, Stéphanie m'annonce qu'on arrive à la route !! Je lève les yeux de mes pieds et suis étonnée de la voir si près !! Je n'y croyais plus !!! Quand nous foulons enfin cette route, il reste une énigme : dans quel sens la prendre ? Nous tournons un peu sur place et enfin, voyons le stade de la Redoute !!! Olivier approche et nous mitraille de photos !! Nous longeons la route, la traversons, les enfants sont là !! Nous entrons dans le stade sous les acclamations des spectateurs !! Danièle est là aussi !! Nous nous prenons la main Stéphanie et moi, Fabien et Florent de part et d'autre, et nous reprenons le pas de course pour finir en beauté sur la piste du stade. Maëlle agite une cloche, Olivier continue son reportage, et nous passons tous ensemble la ligne d'arrivée sous les applaudissements et les encouragements qui fusent !!!

Il est 22h17, nous n'avons plus que 17 minutes de retard sur la barrière, qui ne nous a pas arrêtées…


Nous avons droit à une grosse médaille et au T-shirt de FINISHER que je porterai fièrement aussi souvent que possible !!


Point de passage

Heure de passage

Temps de course

Km Cumulés

Altitude

Classement

Classement V1F

Cilaos Sortie

24/10 04:00

0h00mn00s

0km

1224m



Marla

24/10 06:47

2h47mn07s

12km

1580m

723ème

35ème

Roche Plate

24/10 08:56

4h56mn34s

21km

1110m

735ème

39ème

Grand Place

24/10 11:46

7h46mn54s

30km

540m

645ème

37ème

Deux Bras Entrée

24/10 13:15

9h15mn00s

35km

255m

629ème

36ème

Deux bras Sortie

24/10 13:27

9h27mn19s

35km

255m

532ème

28ème

Dos d'Ane Stade

24/10 15:59

11h59mn10s

42km

1064m

593ème

37ème

Le Colorado

24/10 20:41

16h41mn57s

57km

680m

560ème

35ème


Mes photos ICI

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B
Bonjour Alice, j'ai enfin pu lire ton récit ...ça donne presqu'envie de le faire !!!! reste a convaincre lucie et ça c'est pas gagné !!Tu es repartante pour l'année prochaine ?A+ Dr Bruno Jonvel
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