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L'UTMB 2006 vu par Alice

           L'ultra Trail du Tour du Mont Blanc, c'est aussi une belle aventure pour une famille de supporters-assistants-photographes-cameraman !!

 

Jeudi 24 août 2006, 20 heures, je quitte précipitamment le cabinet pour manger en vitesse, fermer nos sacs, la maison, et prendre le train de nuit à Austerlitz. Marion et moi repartons pour Saint Nicolas, où nous retrouverons Olivier, Maëlle, Florent et Fabien, qui ont fait le voyage un jour avant nous. Nous voyageons très légères puisque nous venons de finir nos vacances, 5 jours auparavant, et nous avons laissé tous nos bagages la bas, ainsi que la voiture. Il nous semble habiter Saint Nicolas et n'avoir fait qu'un week-end à Villebon !

Le trajet pour Austerlitz est confortable puisque Maman, que je remercie au passage, nous y accompagne en voiture, alors que la conduite dans Paris n'est pas sa "tasse de thé".

Dès l'installation dans notre compartiment nous apercevons un sac à dos muni de 2 bâtons, "Tiens, comme Olivier…", mais son propriétaire parle de rejoindre Courmayeur… "Il ne fait donc pas l'UTMB…". Mais peut-être fait il le CCC ?? J'engage donc la conversation, et non seulement notre voisin de couchettes confirme qu'il prendra le départ du CCC à 12 heures le lendemain, mais notre voisine, également munie de chaussures de rando et d'un sac à dos, se touve exactement dans la même situation que nous : elle rejoint son mari déjà parti, pour l'encourager sur l'UTMB ! Un compartiment entier pour la course ! Sachant que notre voisin coureur ne doit pas manquer de sommeil, nous éteignons tôt, et nous réveillons au Fayet, pour constater une immense "transhumance" de quantité de coureurs, tous le sac au dos muni de bâtons, certains même déjà en collants et mini-guêtres, quitter notre train, traverser le quai pour se rendre dans le train pour Chamonix ! Finalement ce n'était pas un compartiment, mais un train entier affrété pour l'UTMB !!

Comme convenu avec Olivier, nous tentons de gagner Saint Nicolas en stop pour lui éviter de se lever trop tôt ce vendredi, jour même du départ. Dès que nous tendons le pouce une voiture s'arrête !! et nous dépose devant l'église de Saint Gervais, où nous décidons de prendre notre petit déjeuner, pour savourer ces instants tôt le matin dans la ville. Ville que nous évitons d'habitude pendant les vacances d'hiver ainsi qu'au mois d'août, car il y a trop de monde, on y circule trop difficilement. Pendant notre petit déjeuner, Olivier finalement déjà réveillé nous appelle et nous propose de venir nous chercher, ce que Marion accepte  sans se faire prier ! Après une petite pause dans un magasin de souvenirs pour acquérir de belles clarines destinées à encourager les coureurs avec bruit, nous montons à Saint Nicolas par le Chemin des Bouquetins. Une fois de plus je suis émerveillée par le paysage, alors que je n'ai quitté la région que quatre jours ! Peut-être est-ce l'heure, l'ensoleillement qui veulent ça, ou l'impression de privilège que je ressens parce que je suis de nouveau en Haute Savoie, parce que j'ai droit à un petit sursis, que j'ai grappillé une journée et demi de travail ...

A Saint Nicolas nous passons presque tout notre temps à organiser nos deux journées et nuits à venir. Nous décidons que nous camperons dans la voiture pour accompagner Olivier le plus possible, pour vivre la même aventure que lui. Les garçons décident donc de ranger et nettoyer la voiture puisque nous allons y passer plusieurs heures ! Nous empilons duvets, couvertures et ponchos dans le coffre, et préparons des vivres de course nous aussi ! L'excitation est à son comble ! Marion se demande même si je ne suis pas plus enthousiaste qu'Olivier !

Notre trajet, nos haltes et points de rencontre avec Olivier sont tous déterminés, les rôles sont distribués : Marion à la caméra, Alice à la photo, Maëlle Florent et Fabien aux clarines (je n'ai jamais été aussi organisée !!), quand Manu et sa famille, que nous hébergerons pendant la course, arrivent. Je leur indique rapidement comment s'installer, car l'heure tourne, il va falloir se rendre à Chamonix pour le départ !

Nous emmenons Manu avec nous pour que sa famille ait le temps de se poser un peu, ils viennent tout droit du Verdon où ils étaient en vacances.

A Chamonix, nous sommes moins saisis que l'année passée par le nombre grandissant de coureurs que nous apercevons, plus nous nous approchons du centre. Cette fois ci nous nous attendons à cette impression, que tout Chamonix ne vit ces deux jours à venir plus que pour l'Ultra Trail du Tour du Mont Blanc. Nous nous garons sur le même parking que l'année passée, et nous retrouvons quelques coureurs s'habillant, se massant les pieds, se couvrant d'elasto, tout comme Olivier, à coté de leur voiture. Une deuxième transhumance a lieu en direction de la patinoire : les coureurs tous munis de leur sac bleu pour Courmayeur et gris pour Champex se concentrent de plus en plus. Sur les pelouses bon nombre d'entre eux sont assis ou allongés en attendant le départ. Nous faisons connaissance du frère de Mathieu, qui est cameraman à la télévision belge, et qui va filmer l'UTMB. Il a déjà rencontré Olivier la veille et l'a interviewé !

Une fois les sacs déposés, nous nous mêlons au courant humain qui nous entraîne vers la Place du Triangle de l'amitié. Comme l'année dernière les rues de Chamonix sont en fête, surpeuplées, un orchestre de percussions met l'ambiance. Nous retrouvons Manu sur la place, puis Sandrine, Marmotte, Olivier 74 et bon nombre d'UFOs que je connais moins ou pas.

Le départ est imminent, la ville et la montagne sont magnifiques, l'émotion grande quand la musique de Christophe Colomb retentit dans les hauts parleurs, et que l'hélicoptère survole la place. Pourtant je suis beaucoup moins impressionnée que l'année dernière, en particulier par la présence de cet hélicoptère qui conditionne le départ. Cet hélicoptère prêt pour le secours, sans lequel la course ne peut démarrer. L'année dernière c'était la première fois qu'Olivier tentait cette "course de dingues" comme je me plais à l'appeler, nous étions devant l'inconnu à ce moment précis, et j'avais une crainte sourde pas vraiment formulée que l'hélicoptère ne doive secourir Olivier. La présence de ce sacré hélicoptère me donnait une échelle du danger décuplée ! Alors qu'aujourd'hui je sens Olivier prêt, surentrainé, et capable de finir ! J'ai confiance en lui, j'y crois. C'est sa course, c'est notre course, qui se déroule "chez nous", sur "notre terrain".

Et c'est le départ …Lent, à cause du nombre de coureurs qui doivent s'engager tous ensemble sous l'arche, et parce que Sandrine et un copain UFO ont fait le pari de partir les derniers, pari gagné pour Sandrine, qui part en 2535ème position !! Un dernier baiser, une dernière pression de la main ("vas y et franchis la ligne d'arrivée avec nous" !!!), quelques pas faits avec eux sur LE trajet de l'UTMB, et cette fois ci Olivier est vraiment parti.

Vite, un panini dans la rue piétonne, et nous regagnons la voiture pour nous rendre, et ce sera une surprise pour Olivier, à Bionnassay. Le premier rendez vous devait être la Villette mais nous avons trop de temps devant nous pour y aller directement. Cette fois ci je connais toutes les routes et chemins qui permettent d'approcher le parcours, grâce à la course de l'année dernière, à la montée du nid d'aigle où Brigitte Maëlle et moi sommes venues encourager Jean-Marie et Olivier, et grâce à nos randonnées de cet été. Profitons-en ! Cette fois ci encore, pas de marche forcée pour les enfants vers le col de Voza. C'était pourtant bien sympa, l'année passée, de croiser les coureurs à la descente, d'abord entre chiens et loups puis lampe frontale au front, de remonter toute cette foule de coureurs en ligne continue, mais nous risquions d'arriver trop tard, de louper l'arrêt d'Olivier au ravitaillement, et d'avoir marché et râlé (pour les enfants) pour juste croiser Olivier à toute vitesse en pleine descente. Malgré tout j'avais été surprise l'année dernière par la motivation des filles, qui tenaient à être présentes près de leur père pour l'encourager et qui avaient bien marché.

Nous assistons à un magnifique coucher de soleil sur le massif alors que nous quittons la vallée de Chamonix. Pour ne pas perdre de temps je confie l'appareil photo aux enfants qui sont chargés de faire un reportage à travers les vitres pendant que nous avançons !

            La route de Bionnassay est toujours aussi tortueuse, étroite et pentue…Coup de fil pendant la montée, c'est Jean-Charles et Michèle qui sont au Col des Saisies chez les Christoph. Jean-Charles va suivre Jean-Philippe et l'encourager, il aimerait savoir où et quand il peut applaudir Olivier et si nous avons des chances de nous croiser. Mais Olivier et Jean-Philippe ne semblent pas avoir les mêmes objectifs en temps, ils ont prévu des heures de passage différentes à chaque ravitaillement. Les chances que nous nous voyions sont donc minimes. Et en effet nous aurons beau nous rappeler à plusieurs reprises pendant la course, nous ne nous serons même pas entraperçus …

            La montée se termine quand nous apercevons le défilé continu des petites loupiottes  des coureurs dans la montagne. Un bénévole nous fait signe de nous garer. Nous descendons de voiture et nous étrennons de bon cœur nos clarines pour encourager les coureurs ! Nous avons adopté une technique nous permettant de faire le plus de bruit possible : nous enfilons le bras dans l'attache de la clarine, ce qui nous permet de les faire tinter tout en applaudissant et en criant "bravo!" Nous serions incapables dans la nuit de reconnaître Olivier parmi cette foule de coureurs, mais Olivier, lui, n'a aucun mal à nous repérer grâce à nos cloches, quelques minutes seulement après notre arrivée. Nous sommes étonnés de le voir si tôt ! Il a l'air en pleine forme.

            Petite pause lait concentré, bisous, et il est reparti ! Il est maintenant temps de reprendre la voiture et de foncer vers la Villette ! Mais … il n'est pas possible de faire demi tour, il fait nuit noire, et la route tourne et est toujours aussi pentue. Une voiture s'est de plus garée derrière moi. Je me sors difficilement de ce piège en marche arrière, après avoir craint de mettre une roue dans le fossé, d'érafler la voiture de derrière, de rentrer dans l'aile de celle garée dans le virage de dessous…

            C'est finalement tout de même en marche avant que j'atteins Bionnay, puis la route des Contamines, et que nous bifurquons à gauche pour la Villette. Nous sommes à peine garés que nous entendons des applaudissements et des encouragements. Chacun prend sa clarine et nous venons grossir le rang des supporters déjà en place, nettement plus nombreux qu'à Bionnassay. L'ambiance est là, les coureurs tapent leurs bâtons l'un contre l'autre ou lèvent les bras sous les applaudissements. Nous nous amusons à lancer de grands "Olééé" au passage des coureurs. Ceux-ci apprécient manifestement l'intervention des spectateurs. L'attente n'est encore pas bien longue, et Olivier apparaît sous sa frontale. Même déroulement qu'à Bionnassay : "Ca va? " "Pas de problème", lait concentré, bisous, et à tout à l'heure aux Contamines.

            C'est reparti, pas de marche arrière périlleuse cette fois ci. Direction les Contamines. Au moins 1 km avant le village, des quantités de voitures sont garées le long de la route. L'UTMB attire une foule incroyable ! Nous trouvons difficilement une place dans une rue qui monte à gauche juste avant la place des Contas. Nous nous chargeons comme des baudets du gros sac plein de rechange, de vivres de course, d'eau, de crème Nok, Relax, elasto et compagnie pour Olivier, de la caméra, de l'appareil photo, des vestes et ponchos. Il commence en effet à faire froid, et il se peut que nous attendions longtemps. Sur la place, il y a effectivement un monde fou. Nous cherchons où nous installer pour tenir tous les cinq et réussir à voir les coureurs. De part et d'autre de tout le trajet qu'ils parcourent de l'église jusqu'au ravitaillement, il y a une haie humaine. Nous trouvons finalement un petit trou dans cette haie près de l'église. A cet endroit nous les voyons bien car ils nous surplombent et descendent vers nous. Au milieu du brouhaha j'entends alors : "bonjour Alice ! Alors tout va bien pour Olivier ?" C'est la mère de Dominique, que nous sommes ravis de trouver là, et qui se révèle être une aussi grande supportrice de la course que Claude et Dominique, ce qui n'est pas peu dire. L'ambiance aux Contas est à son comble, d'autres cloches que les nôtres retentissent, nous entendons des cornes de brume. Florent et Fabien tendent leur main aux coureurs, qui leur tapent au passage. Ils sont ravis. L'attente ne nous semble encore pas bien longue, et Olivier apparaît. Nous nous précipitons vers les sacs et rejoignons le ravitaillement. Cette année il est bien gardé par les bénévoles. Pas facile d'y entrer, mais Olivier obtient d'avoir ses enfants et sa femme près de lui pendant qu'il se change et qu'il se restaure.  Au ravitaillement nous retrouvons cette fois le père de Dominique, avec qui nous échangeons aussi quelques mots. La pause est encore courte. Olivier repart rapidement, après avoir rempli ses gourdes.

            Les enfants réclament à ce moment leur lit, alors que je pousserais bien encore jusqu'à Notre Dame de la Gorge,où Gilles doit se trouver. Il y était l'année dernière en compagnie de Christian, et l'ambiance y était au top d'après ce qu'il nous a raconté…Mais il faut être raisonnables, ils ont raison, la nuit sera courte puisqu' Olivier nous a donné rendez vous vers 7h15 à Courmayeur.

            Nous regagnons donc le chalet par le Chemin des Bouquetins. Nous arrivons vers 23 heures. Les enfants s'écroulent dans leur lit, Fabien tout habillé… Tant pis, cela fera ça de moins à faire demain à 6h00 … Je vaque un peu à mes occupations, charge la batterie de la caméra et de l'appareil photo, parsème la cuisine de petits mots pour Marie-hélène, la femme de Manu, pour qu'elle sache comment utiliser la plaque, le micro-onde, etc… Alors que j'allais me coucher celle-ci arrive, avec ses enfants, et leurs amis belges Jean-Luc et Graziella, venus de Belgique pour encourager Manu. Eux dormiront les deux nuits dans leur voiture aménagée pour le camping. Je fais un peu connaissance de la famille de Manu que nous n'avions qu'entraperçus avant le départ pour Cham, et finalement ne rejoins mon lit qu'à une heure !

            La nuit est entre coupée de SMS annonçant le passage d'Olivier aux différents ravitaillements, me rassurant sur sa progression qui est régulière :

            26/08 01:31 Dossard 918 (Olivier Tribondeau) arrive à Refuge Croix du Bonhomme (km 39)

            26/08 02:13 Dossard 918 (Olivier Tribondeau) arrive à Les Chapieux CCAS (km 44)

            26/08 02:32 Dossard 918 (Olivier Tribondeau) reparti de Les Chapieux CCAS (km 44)

            26/08 04:33 Dossard 918 (Olivier Tribondeau) arrive à col de la Seigne (km 54)

            Encore une heure de sommeil, puis mon réveil sonne. Il et 5h30, douche, café au lait, vérification des sacs, puis je réveille les filles, et à 6h00 les garçons. Le lever est difficile, les garçons ronchons. Pendant qu'ils déjeunent, je recharge la voiture et vais dire bonjour à Jean-Luc et Graziella, qui ont stationné leur voiture sur le parking de l'école de ski, et qui sont déjà debout eux aussi. Jean-Luc a envie de participer le plus possible à l'ambiance et me propose de me suivre, car il ne connaît pas bien ni la région ni les endroits propices où croiser les coureurs, ce que j'accepte volontiers. Jean Luc est lui-même coureur et a connu Manu au marathon des sables. Il voulait s'inscrire à l'UTMB mais s'y est pris trop tard et n'a pas pu avoir de place. Il trépigne et répète plusieurs fois pendant la course qu'il aurait du prendre le départ sans dossard !

            26/08 06:22 Dossard 918 (Olivier Tribondeau) arrive à Arête Mont Favre (km 63)

            6h30, nous démarrons, suivis de Jean-Luc et Graziella, en direction du tunnel du Mont Blanc. Marie-hélène, Maud, Damien et son amie dorment encore.

            26/08 06:58 Dossard 918 (Olivier Tribondeau) arrive à Col Checrouit- Maison Vieille (km 67)

            Dans la voiture les enfants mettent une stratégie au point. Je masserai la cuisse gauche d'Olivier pendant que Fabien massera son mollet gauche. Maëlle massera sa cuisse droite pendant que Florent massera son mollet droit ! Il faut optimiser ses chances de succès ! Les enfants se souviennent qu'à Dolonne l'année dernière, leur père avait une tendinite très handicapante et que le pansement alcoolisé, l'Advil et les massages l'avaient remis sur pieds… trop tard malheureusement pour les barrières horaires…Il avait donc du abandonner, en raison d'une mauvaise compréhension du règlement. Il y avait une barrière horaire imposant une une heure de départ et non une heure d'arrivée. Il ne suffisait pas d'être arrivé à Courmayeur vers 12h30 comme il l'avait fait. Il fallait aussi en être reparti avant 13h00 environ.

            Nous passons le tunnel du Mont Blanc sans problème. Nous ne faisons pas une seconde de queue, je ne vois jamais une voiture devant la mienne pendant toute la traversée.

A 7h30, nous atteignons Dolonne. Nous attendons quelques minutes à l'entrée du gymnase, mais comme nous sommes arrivés un peu juste, j'appelle Olivier qui m'annonce qu'il est arrivé depuis déjà quelques minutes. Nous l'avons raté! Il tient parfaitement les temps de passage qu'il avait prévus, et qui pourtant me paraissaient sacrément courts, voire même pas réalistes du tout. Quand il m'avait annoncé qu'il visait 32 heures, je n'y croyais pas ! L'objectif qui me paraissait raisonnable était de finir, quitte à flirter avec les barrières horaires. Gilles, notre épicier préféré, était lui aussi sceptique.

  Nous essayons d'entrer dans le gymnase, mais comme aux contamines, cette année les accompagnateurs ne peuvent pénétrer dans la base vie. Heureusement l'année dernière nous sommes restés un certain temps à Courmayeur et j'ai fini par connaître par cœur les abords du gymnase. Je me souviens que par derrière je pourrais peut-être au moins l'apercevoir. Nous atteignons donc l'endroit prévu, et ô surprise, la porte est entrebaillée. Nous nous glissons par là un à un, sans réaction des bénévoles qui sont à l'intérieur. Ouf ! Nous nous installons donc un peu avec lui.

A partir de là et jusqu'à Chamonix je le trouve un peu "allumé", pas tout à fait comme d'habitude. Il a l'air absent, absorbé, un peu fébrile…Ce doivent être les endorphines …Nous lui donnons tout le linge propre dont il a besoin, embarquons le linge (trempé !) qui ne lui sert plus, récupérons le sac de Courmayeur, cela évitera de repasser le récupérer à Chamonix, surtout si il arrive en pleine nuit, comme c'est prévu. Notre plan tombe à l'eau : il n'a pas besoin de massage des jambes ! Il n'est cependant pas opposé à un massage cervical et des trapèzes !

            Il est vite sur le départ car quand nous l'avons rejoint il avait déjà mangé, il n'avait plus qu'à se changer. Nous le quittons donc dans le centre sportif pour repartir par derrière, par notre petit trou de petites souris, pendant qu'il sort par devant. Pendant quelques instants nous encourageons les nouveaux arrivants, instants pendant lesquels un cameraman filme la course. Sans doute grâce au bruit que nous faisons avec nos clarines, nous avons droit à quelques minutes de film. Peut-être allons nous nous voir à la télé, ou sur le DVD de la course ? Puis nous suivons Olivier qui vient de réapparaître, sur quelques centaines de mètres : encore quelques pas faits sur LE trajet de l'UTMB. Une fois qu'il nous a vraiment quittés, nous retournons vers le centre sportif pour retrouver nos nouveaux amis belges, à qui nous donnons rendez vous, comme à Olivier, à Arnuva.

            Je ne traîne encore pas entre Dolonne et Arnuva, car je sais que la route qui amène à notre prochaine étape est d'accès réglementé. Bien m'en prend, car tôt le matin comme c'est le cas, nous passons sans problème, alors que Jean-Luc nous dira plus tard qu'il a été refoulé en milieu de journée je crois.

            Nous nous dirigeons donc vers La Palud, que je reconnais soudain, et un flot de souvenirs m'envahit. Je raconte à mes enfants un petit morceau de mon tour du Mont Blanc en randonnée. J'ai toujours envie de dire "à pied", par opposition à "en courant" comme le font les "UTMBistes", comme s'ils étaient, eux, motorisés…Je dois être impressionnée par la vitesse à laquelle ils évoluent. Lors de ma randonnée sur le GR5, donc, que j'avais faite à 18 ans en compagnie de mon frère et de ma mère, nous avions dormi à La Palud puis, je ne sais pas pourquoi, pris un car de La palud à Planpincieux si mes souvenirs sont exacts. Alors que nous attendions ce car tôt le matin, à l'ombre, un italien m'avait dit à plusieurs reprises : "E fredo, la signorina ?!". Je me souviens aussi que nos sacs avaient fait le voyage avant nous.. Nous avions du les charger, alors que tout le monde n'était pas prêt, le car avait démarré…sans nous ! Et nous les avions retrouvés posés au pied d'un arbre à Planpincieux ! J'apprécie donc beaucoup ce trajet en voiture qui me fait revivre ces souvenirs d'il y a déjà 24 ans, et traverser ce merveilleux Val Ferret Italien, vrai havre de paix, magnifique sous ce soleil matinal. Nous longeons un torrent, des pécheurs sont à l'œuvre. Je m'arrête régulièrement pour prendre des photos.

            Au niveau d'un parking, un bénévole Italien qui parle heureusement très bien Français car je ne parle pas un mot d'Italien, (à part, "e fredo….." et "Pericoloso sporgersi", souvenirs de nombreux trajets en train), nous autorise à avancer plus loin en voiture. Nous nous garons donc au pied de la montée pour le Grand Col Ferret, un peu moins de trois heures avant l'arrivée prévue d'Olivier. Les enfants fatiguent, ils étaient bercés par la voiture. Je les laisse donc tranquilles, ils vont essayer de dormir. Je m'arme donc de l'appareil photo et de la caméra, et je fais encore quelques pas sur ce trajet un peu mythique pour moi. Je vois passer bon nombre de coureurs, dont une femme qui me double …Dire qu'elle a des kilomètres dans les pattes et qu'elle avance plus vite que moi. Il faut dire qu'à ce stade je ne me rends pas du tout compte que ce sont les très bons qui sont ici à cette heure ci ! J'ai vu tellement de coureurs défiler que j'ai  presque l'impression qu'Olivier est un peu à la traîne. Impression qui sera bientôt corrigée par Olivier PB qui m'appelle plusieurs fois alors que je monte en direction du refuge Elena. Je ne parviens pas à le rappeler car je n'ai le réseau que par intermittences. J'arrive à peine à comprendre le message de mon Olivier qui m'annonce en fait son arrivée pour 11h45. J'arrête rapidement mon ascension en réalisant que les enfants ne peuvent du coup pas me joindre, et qu'ils peuvent s'inquiéter de mon absence qui commence à durer. Je fais donc demi tour, à contre cœur, car la randonnée me tente ! J'aurais bien atteint le refuge pour encore plus m'imprégner, et de la course, et de la montagne. Je profite de la redescente pour filmer et encourager les coureurs que je croise. L'ambiance n'est plus aussi festive qu'au Contamines mais l'atmosphère est paisible, tout est silencieux, il fait toujours un temps magnifique, les grandes Jorasses toutes proches sont très belles.

            Les coureurs, qui, à ce stade de la montée ne courent plus à vrai dire, sont encouragés également par les photographes, des bénévoles et quelques spectateurs (il y en a moins qu'aux Contamines, encore une fois), alors que des randonneurs, chargés comme des mules (!!) et certains d'un âge avancé ne sont félicités par personne ! Cela me parait injuste, alors je tente quelques mots pour une femme aux cheveux blancs, justement écrasée par le poids de son énorme sac, mais elle ne comprend pas ce que je lui raconte… Elle n'est pas Française... Ben oui, suis-je bête, je me comporte comme en terrain conquis.

            De retour à la voiture, c'est la pagaille, le souk ! Les enfants ne dorment pas du tout, sont surexcités, se chamaillent entre eux. Ils ont construit une tente dans la voiture, se sont organisés, allongés puis c'est l'excitation qui a pris le dessus.

 

            Pour calmer le jeu j'emmène Florent faire quelques pas. Nous gagnons le ravitaillement, où nous retrouvons Jean-Luc et Graziella, toujours supporters de la course ! Il y a une belle terrasse de café à côté du ravitaillement, nous retournons donc proposer à Marion Maëlle et Fabien de s'y installer un peu. Mais l'heure a un peu tourné, et Marion préfère se poster directement au ravitaillement pour ne pas rater son père ! Sa détermination à le soutenir m'épate ! Nous choisissons donc un endroit où nous voyons arriver les coureurs d'un peu loin et nous nous réinstallons avec nos cloches, nos mains pour applaudir et nos voix pour encourager. Nous n'avons évidemment pas posé les caméra et appareil photo. Nous adoptons une nouvelle tactique, aidés par Jean-Luc, pour encourager les coureurs encore plus efficacement : nous lisons leur prénom sur leur dossard et les acclamons nominativement ! Après bon nombre de "Vas-y Luc", "bravo Jean", Super, Gérard" et quelques difficultés devant des prénoms allemands et Italiens, Olivier arrive, suivi d'un autre Olivier, qui, en fait est un nouveau compagnon de course de notre Olivier. Nous les suivons jusqu'au ravitaillement, disons au revoir au photographe et aux bénévoles en nous excusant de ne plus pouvoir leur annoncer l'arrivée des coureurs du son de nos cloches. Ils comprennent que c'était nous qui jouions ce rôle d'avertisseur sonore qui leur allait bien, car ils sont postés juste derrière un virage et ne voient arriver les coureurs qu'au dernier moment.

            Olivier évoque quelques nausées, et après avoir pris quelque nourriture s'allonge au bord du chemin ! Il me fait un peu peur, mais en fait aimerait juste qu'on lui soulève un peu les jambes pour favoriser le retour veineux… Ouf, il n'est pas encore KO. Il ne fait qu'une très courte pause et repart en compagnie de son nouveau copain. Je cours devant eux pour atteindre la voiture avant eux et lui couper les morceaux d'élastoplaste qu'il me réclame. A la voiture, il ne fait pas de pause et ils enchaînent sur la montée que j'ai faite quelques heures plus tôt, en direction du refuge Elena et du grand col Ferret.

            Nous reprenons la voiture et empruntons un chemin plat par lequel les coureurs arrivent…Nous roulons au pas pour ne pas les gêner. Puis c'est de nouveau le val Ferret Italien dans l'autre sens. Le trajet est encore ponctué d'arrêts photos et de coups de fil. Le réseau est enfin correct et j'arrive enfin à joindre Olivier PB, qui a essayé de m'appeler à plusieurs reprises. Il suit la progression d'Olivier sur Internet et me renseigne sur son classement qui nous époustoufle tous. Il opère une remontée incroyable dans le classement depuis son départ. Il passe de 1200ème au Col de Voza à 428ème  au refuge Bonatti. Les exclamations fusent dans la voiture au fur et à mesure qu'Olivier PB me donne ses différents classements ! Nos enfants ne sont pas peu fiers de leur père ! Nicole m'appelle pour avoir des nouvelles de son fils. Nous pouvons la rassurer sur sa forme puisque nous savons maintenant qu'il avance très bien.

 

             Nous atteignons La Palud où nous nous trouvons une pizzeria. J'avais promis une glace à l'italienne, mais il n'y en a pas … Puis c'est reparti pour le tunnel du Mont Blanc, mais cette fois il y a une bonne heure de queue avant d'arriver à l'entrée ! Les enfants sont encore excités, j'essaie de les occuper en leur demandant de me trouver le milieu du tunnel, d'être vigilants pour savoir en cas d'accident de quelle porte de secours nous sommes le plus près, je demande à Fabien de surveiller ma vitesse, de me prévenir si je dépasse 70 ou si je n'atteins pas 50, etc …Cela ne les occupe pas bien longtemps. J'avais envisagé de nous arrêter à Chamonix pour trouver des glaces, mais, bien m'en prend, je préfère prendre tout de suite la direction de la Suisse, car je ne sais pas combien de temps nous allons mettre. J'ai une carte, mais la route n'y figure pas. Elle est trop au Nord… Il me reste quelques souvenirs de l'époque où nous allions en vacances dans la maison familiale SNCF. Nous allions grimper au col des Montets, ou à Barberine. Nous avions randonné du coté du Buet, à l'époque où nous qualifiions Maëlle de "rando radio". Olivier la portait en effet sur son dos et pendant toute la randonnée elle nous avait raconté des choses ou avait chanté. Nous avions déjà poussé jusqu'à Martigny également.

            A la frontière Suisse, je suis un peu tendue car je n'ai qu'un permis de conduire pour prouver mon identité. Impossible de mettre la main sur ma carte d'identité. Pour les enfants nous avons bien  mon passeport ... périmé…sur lequel ils figurent  mais cela risque de ne pas suffire si il y a un contrôle.  Je prends le parti de mettre le road book de l'UTMB en évidence sur les genoux pour que le douanier comprenne du premier coup d'œil ce que nous venons faire en Suisse. Et effectivement, il regarde ma tête, puis le road book… et il me fait signe de passer. Ouf !

            A partir de là, la route est longue, longue, longue. Je commence à dodeliner de la tête. Le manque de sommeil commence à se faire sentir. J'essaie de m'arrêter un peu sur le bord de la route pour piquer un petit somme, mais les enfants sont agités derrière, donnent des coups de pied dans mon dossier…Je sens que je ne fermerai pas un œil, donc je repars aussi sec. Il a plu un peu quand nous descendions du col des Montets vers la Suisse. Cela s'était eclairci, mais il se remet à pleuvoir. Je suis inquiète pour les coureurs…Grande descente vertigineuse vers Martigny, puis au fond de la vallée, pas de panneaux pour Champex. Je crains de m'être trompée, d'être allée trop loin vers le nord. Je m'arrête dans une station et demande mon chemin. Je tombe sur la famille d'un coureur qui compte le rejoindre à Champex comme moi et qui me rassure. Je suis sur le bon chemin. Je redemande un peu plus loin la direction, et on me dirige vers une petite route presque pire que celle de Bionnassay parce aussi tortueuse et pentue mais beaucoup plus longue.

            Champex est enfin là, avec son lac. Je suis frappée par la taille des bâtisses, par la présence de cars, etc, alors que je m'attendais à un petit village au bout de cette route difficile ! Nous voyons quelques coureurs, qui nous guident vers le ravitaillement. Il pleut toujours par intemittence. Quand nous nous garons enfin, Fabien s'est endormi. Que faire ? Le réveiller, et il va être d'humeur exécrable? Ou le laisser dormir ? J'opte après maintes hésitations pour la deuxième solution. Nous marchons rapidement vers le ravitaillement, trouvons la tente, cherchons Olivier dedans. Il n'y est pas. Nous trouvons le départ. Le temps de trouver l'arrivée, de sortir nos cloches, d'encourager deux ou trois coureurs …Il est 17h56, Olivier arrive !! Déjà !! Il a mis, à pied, le même temps que nous en voiture pour faire Arnuva-Champex !!! A ceci près que nous avons mangé au restaurant. Nous  l'accompagnons à l'intérieur de la tente, où je suis frappée par l'air absent, un peu hagard et abattu de la plupart des coureurs, malgré une musique pleine de flons-flons et tout à fait pleine de bonne humeur. Olivier nous demande encore du linge propre et sec, des vivres de course, des pommades diverses et variées. Il met ses enfants à contribution pour aller chercher un verre de coca, un verre d'eau, un morceau de fromage. La pause n'est encore pas bien longue. Les deux Olivier repartent ensemble, comme ils étaient arrivés, équipés de la veste en gore tex d'hiver pour l'un, en cape de pluie pour l'autre. Nous les suivons un peu. Je les filme un instant tout en marchant.

 

            De retour à la voiture, Fabien dort heureusement encore. Il n'a pas pu s'inquiéter de notre absence dont il ne s'est même pas rendu compte. Je demande mon chemin au bénévole qui, inlassablement, sous la pluie, guide les coureurs qui quittent Champex et interrompt la circulation pour les laisser traverser. Il me répond de son bel accent suisse flegmatique qu'il y a une bien meilleure route que celle que j'ai prise pour aller à Trient. Et en effet je quitte Champex par un vrai boulevard par rapport à la route difficile que j'avais prise à l'aller.

            Pendant la descente j'arrive enfin à joindre Jean-Charles et Dominique qui essayent tous les deux de m'appeler sans succès. Je les renseigne sur la progression d'Olivier et demande à Dominique de transmettre à Claude, qui a aussi appelé à plusieurs reprises. Tous ces appels nous font chaud au cœur. A chaque étape je transmets à Olivier tous ces témoignages d'amitié, qui le touchent beaucoup. L'année dernière, le soutien téléphoné de Claude et Dominique avait beaucoup fait dans sa décision de repartir de Courmayeur, bien qu'il n'ait pas pu redémarrer en raison du problème de la barrière horaire. Ils avaient également réussi à me transmettre leur enthousiasme, moi qui ne suivais les premières courses d'Olivier que d'un œil distrait.

            La route est à nouveau longue jusqu'à Trient. Le bénévole Suisse ne s'était pas trompé, nous atteignons l'étape suivante au bout d'une heure de route. Nous avons vu des coureurs au Col de la Forclaz, puis plus bas, qui traversaient la route sous une pluie diluvienne, cette fois. Je les plains de poursuivre dans ces conditions …Cela doit être affreux d'être trempé des heures durant…d'autant que la nuit va bientôt tomber.

A Trient il tombe des trombes d'eau. Je sors avant les enfants en reconnaissance pour trouver de quoi manger et éviter que nous soyons tous trempés. Il y a des rafales de vent glacial. Comme Olivier j'ai enfilé la surveste Gore tex d'hiver, j'ai mis la capuche, et ce n'est pas du luxe ! J'imagine l'ambiance plus haut …..Le résultat de ma reconnaissance est que le village est très beau avec son église que j'oublie malheureusement de prendre en photo avant la nuit, qu'il y a un vague tripot qui fait des assiettes de charcuterie, ou des omelettes, ou la tente des coureurs où l'on peut acheter des grillades ou de la fondue. J'opterais si j'étais seule sans hésiter pour la tente au milieu des coureurs, pour profiter de l'ambiance, mais les filles réclament l'omelette au chaud. J'obtempère, et finalement ne le regrette pas car tous les serveurs du café sont bénévoles sur l'UTMB et portent le T-shirt orange de l'organisation, et tous les clients ont l'air d'être des supporters ! L'omelette et la salade sont délicieux, et nous trouvons même, en Suisse, les glaces à l'Italienne tant convoitées, qui en plus, sont succulentes ! Je craque et m'en offre une au tiramisu alors que je ne suis pas très amatrice de glaces habituellement.

Bien réchauffés et réconfortés par ce repas, nous nous rendons sous la tente où nous pouvons consulter les temps de passage des coureurs. Il fait maintenant nuit noire. La pluie s'est calmée. On aperçoit même des étoiles. Olivier doit arriver dans une demi-heure d'après le bénévole qui me renseigne. J'en profite pour regarder ce que deviennent Sandrine et Marmotte. Ils ont arrêté, malheureusement. Maëlle, quant à elle, demande le classement du père de sa grande copine de collège Clémentine, Michel Rousseau qui est enseignant au collège de Villebon ! Il suit Olivier à une ou deux heures. Pendant que nous sommes sous la tente, Michel Poletti passe. Il est applaudi par tous les occupants de la tente.

Mon téléphone sonne, c'est Gilles. Ils ont invité Cécile et Stéphane et tous demandent des nouvelles de notre coureur. Puis c'est Claude. Dominique lui a bien transmis les informations que je lui avais données, mais il a envie de discuter, d'avoir des nouvelles plus fraîches, de vivre la course du plus près possible ! Sachant qu'ils étaient encore aux Antilles au moment du départ et qu'il nous appelle de Villebon ! Encore deux témoignages d'amitié qui comptent !

Nous faisons des allers retours entre la tente et l'entrée du village. Je repère la salle de soins, nous encourageons des coureurs qui arrivent. Le temps commence à sembler long. J'essaie d'appeler Olivier sans succès, quand un coureur me demande si je suis bien la femme d'un Olivier UFO. Quand je confirme, il me dit que celui-ci lui a demandé de me faire savoir qu'il avait un problème de tendinite et qu'il souhaitait que je chauffe la voiture …. Je ne comprends pas trop, mais je m'exécute. Maëlle et Fabien se sont couchés dans la voiture et sont un peu inquiets d'y rester seuls avec le moteur qui tourne. L'attente dure encore un peu, puis je reçois un message téléphoné m'indiquant que le portable d'Olivier ne marche plus mais que tout va bien. Je comprends encore moins. Les deux derniers messages me semblent bien contradictoires. J'en viens à me demander si il ne s'agit pas d'une erreur. Il y a peut-être deux Olivier UFO ? Nous encourageons encore quelques arrivants, nous leur indiquons le chemin, mais on sent une certaine lassitude de leur part. Ils n'ont plus l'air d'apprécier autant l'intervention des spectateurs…La lassitude commence à nous atteindre nous aussi, quand, enfin, Olivier arrive.

Il confirme qu'il a une tendinite. Je lui indique donc le centre de soins d'emblée, qui est situé dans l'entrée du village avant le ravitaillement. Il est tout de suite pris en charge par une kiné qui lui fait un strapping, et lui donne antalgique et anti-inflammatoire. C'est le jambier antérieur gauche qui "pêche", et le strapping semble des plus douloureux…Je ne vois pas comment il va pouvoir continuer alors qu'il ne supporte pas qu'on lui touche la cheville….La lassitude, l'inquiétude, augmente, et je me mets à ne plus comprendre la motivation des coureurs ! De jour, par beau temps, qu'est-ce cela donne envie, mais alors, de nuit, sous la pluie, là, je crois que je ne pourrais pas….Là, cela devient "trop"…Plusieurs tables de soins sont occupées, le voisin immédiat d'Olivier se fait évacuer un hématome sous unguéal par une podologue, puis s'endort sous sa couverture. Bon nombre de coureurs attendent le car qui va les rapatrier sur Chamonix. Je suis étonnée par le nombre d'abandon de concurrents qui sont pourtant arrivés jusqu'ici dans un temps plus que correct ! Nous sommes tout d'un coup loin de la bonne humeur et de la bonne ambiance des Contamines, ou d'ici même, une ou deux heures plus tôt, quand nous étions sous la tente et que je discutais, confiante, avec nos amis et supporters au téléphone ! 

Pourtant, après s'être reposé et restauré, après nous avoir un peu fait tourner en bourrique en me faisant apporter des chaussures, changer les semelles, puis non, finalement, reprendre les premières chaussures, et … "ah, il manque des chaussettes sèches" (dans la voiture) (mais on ne lui en veut pas) après avoir enfilé une tenue entière toute sèche, (merci à la super assistance privée, parce que à Trient, pas de sac prévu par l'organisation), hé bien, il repart !! La kiné, sûrement un peu inquiète lui demande tout de même de faire attention à lui. La nuit le happe à nouveau après passage au pointage, où j'entends qu'il se fait encourager par la bénévole. Je suis d'ailleurs touchée par la gentillesse de cette bénévole, par le ton presque maternel avec lequel elle a parlé à chaque coureur qu'elle a pointé pendant le temps où nous sommes restés ici.

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