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Divine comédie, ou le Marathon de Paris par Isabelle

  

Si mes souvenirs sont bons, il me semble que c’est le jour de l’anniversaire d’Olivier T que nous avons fait le pari fou de nous inscrire au marathon de Paris. Paroles en l’air, éclats de rire, quelques coupes de champagne.

Guillaume nous a pris au mot et a lancé la machine.
Il était prévu que nous le ferions tous ensemble sauf les Londoniens bien sur : deux marathons à une semaine d’intervalle, une hérésie n’est-il-pas !

Rentrés chez nous, sensiblement imbibés, la promesse passe presque aux oubliettes.

Quelques semaines plus tard, la réponse positive tombe comme un couperet : 5 dossards au total. Dans ce cas impossible de courir tous ensemble, Seules les novices participeront : Alice, Constance, Patricia, Agnès et moi.
De premiers échanges  via le net fusent :
- « Euh ! J’hésite… je préfère la boue au goudron. »

Ou encore :

- « D’autres sont plus doués que moi, allez, je te passe mon dossard »

- « Mais non, le marathon c’est du déjà vécu »

et cætera.

 

Jour j- 60
S’en suit la longue préparation plus ou moins intense pour certaines, plus ou moins assidue pour d’autres.
Puis toutes ces questions que nous nous sommes posées, le doute qui s’est installé, la crainte de ne jamais finir, de faire un temps minable (qui parle de temps, finir serait déjà une grâce).
La peur panique du cycle qui épuise et qui tombe par le plus grand des hasards le jour J.
J’oublie les blessures diverses : tendinites, cassure du petit orteil droit et autre cloque géante.
Que manger, que boire, comment recouvrer le sommeil après un tel pari ?
Quand et comment s’entraîner a, à quelle fréquence, à quel rythme.

Abjecte course que ce maudit marathon.
De nombreux dimanche passés ensemble à polémiquer sur les crèmes anti-frottement, les chaussures (qui font courir plus vite, dixit Louis), les dopants divers et variés mais légaux.
Et bien évidemment, courir et courir encore et encore.
Une enclume en travers de l’estomac (je pense ne pas mentir en parlant au nom de chacune d’entre nous), n’est ce pas ? ! C’était bien une enclume en travers de l’estomac que nous avions !

S’installe alors sournoisement l’insomnie, la mauvaise humeur, le manque d’appétit, le stress tout simplement, le doute surtout.

Ne plus retrouver sa voiture au parking, oublier ses clé sur la porte, ranger le dentifrice dans le réfrigérateur… j’en passe et des meilleurs.
J’avoue qu’il m’est arrivé de chercher, dans de grands moments de solitude, un prétexte, une excuse pour ne pas participer.
Le problème, et vous l’aurez tous deviné est que mon médecin participe aussi au marathon.
Aucune excuse ! ! !

Je suis au pied du mur (des 30 km)

Ah ! ! ! Le mur des 30 km… Une légende ? ? ?
Semaine exécrable.

 

Jour j -3

Une dernière petite sortie en bonne compagnie : 35 minutes pas plus qui finalement durerons 50 minutes.
–Mais non, on avait dit 35, râlent deux de nos meilleurs coureurs croisés en fin de journée.
Gentiment gourmandée, mais fébrile a l’idée d’avoir dépassé la dose prescrite, je regagne la maison : profil bas.


Jour j-1
Une séance piscine toujours en bonne compagnie pour se détendre et une soirée sans alcool que nous passâmes chez Agnès qui a eu la gentillesse et la déraison de bien vouloir nous accueillir pour une before marathon que nous n’oublierons pas.

Au menu :

Salade de pâtes, pâtes à la bolognaise, pâtes à je ne sais quoi… Crêpe à tout, malto à finir péniblement.
Nous quittons à regret nos camarades de course et avant de nous coucher, je m’assure que tout est bien près.
Ça frise d’ailleurs le tic obsessionnel compulsif.
Lever a 5h45

 

JOUR J

Oui levée à 5h45 ! ! ! Juste histoire d’ingurgiter en un temps record un demi gatosport somme toute roboratif. Vêtue, ceinturée d’une sublime cartouchière gentiment prêtée, pas de cartouche mais toutes sortes de gels douteux sensés donner un coup de fouet tous les 5 km.
Nous nous retrouvons à la gare, assez sereins je dois dire.
Il me semble qu’une vraie solidarité s’est installée entre nous.
A la dernière station, je dois l’avouer, ’une pointe d’angoisse a montré son nez : Quand nous sortîmes du RER et qu’une multitude de coureurs descendaient de chaque wagon.
Une fois sortie une foule incroyable sur les Champs Elysé (paradis ! hum ! tu parles d’un paradis).
Principalement la gente masculine tous ridicules dans leur sac plastique ; moi aussi d’ailleurs en précieuse tout à fait ridicule.
Une dernière mise au point de la tuyauterie.
Oui il y a quatre points incontournables en course à pied :

-1 Une bonne paire de chaussure

-2 Une hygiène alimentaire irréprochable (raz le bol des pâtes)

-3 Un bon sommeil

-4 Une tuyauterie bien réglée

Si tant est que l’on puisse maîtriser le tuyau.
Passons ce chapitre, vous comprendrez dans quelques lignes.

Départ : Une accolade fraternelle : bonne chance  ! ! !

Sérés comme des sardines, cela tombe bien il fait un froid de canard et rappelez vous : la population est majoritairement masculine.
Départ, donc 15 minutes, me semble t il, avant le bip.
3 groupes se forment :
Patricia, Dom et Constance.
Olivier et Alice.
Arnaud, Agnès et moi.
Ne pas partir trop vite : règle élémentaire pour une course longue.
Petite foulée pour commencer, 5km / heure environ, histoire de chauffer gentiment le moteur et surtout de nous réchauffer, nous sommes transits.
Tout se déroule pour le mieux. Malheureusement pour moi au 5ème km le fameux tuyau me joue des tours (ne pas s’arrêter, impossible de ralentir, l’envie est bien trop pressente, je ne suis pas la seule).
A cet instant précis je fais un gros travail sur moi même et je jette ma pudeur au placard.
Je cours dans une petite rue transversale, je ne suis pas  seule dans cette situation ce qui me rassure un peu…
Et la je ne sais pas comment je me suis débrouillée mais dans mon extrême pudeur, essayant par tous les moyens de cacher mon anatomie, j’ai uriné dans ma chaussure droite.
Bon ! Vous pardonnerez ce détail peu reluisant que seuls les vrais sportif peuvent comprendre.
Après tout, les plongeur font bien pipi dans leur combinaison de plongé pour se réchauffer !

La reprise de course fut plutôt rapide et étrange, particulièrement du côté droit.
J’oublie vite ce petit désagrément qui finalement au souvenir m’amusera plus qu’autre chose.
La course se déroule pour le mieux. Agnès (ma mémoire vive) me rappelle à l’ordre pour la prise de gel : environ tous les 5 km.
Au 10ème km je constate qu’Arnaud qui a bien voulu endosser le rôle de lièvre commence à souffrir (les genoux) il nous quitte à regret et nous retrouvera au 21ème  km. Ces 11 kilomètres en duo sont gérés de main de maitre.
Oh ! C’est un peu prétentieux, me direz vous, mais nous avons fini notre marathon sans nous abimer et dans un temps que je n’espérais pas.
Je goute l’ambiance phénoménal qui nous entoure bien que j’ai mon ipod rivé sur les oreilles, je discute volontiers avec d’autres coureurs.
Mon attention se porte aussi sur les T-shirts.
T-shirt à message pas forcement adapté à une longue distance : revendication, défense d’une cause, drôles aussi, touchants.
Je vous épargnerai mon second problème de tuyau bien plus fâcheux celui ci car il n’y avait que des feuilles d’orties.
Seul les très très grands sportifs comprendront.
Au 21ème  km nous retrouvons Arnaud. Tout se passe à merveille.
A chaque ravitaillement nous marchons une petite minute, nous nous étirons. C’est souverain.
Puis nous repartons sans aucune difficulté, nous n’en revenons pas de la facilité avec laquelle  nous avons parcouru ces premiers 21 km : Félicité.

Au 30ème km nous rencontrons des visages familiers qui nous encouragent. Cela nous donne des ailes.
Nous les croiserons tous sauf les POPB engagés dans une course plus périlleuse encore que la notre.
Penser à eux nous portera. Quel bonheur pendant l’effort de rencontrer des visages aimés.
Claire tout d’abord, Manon, Paul, Guillaume, plus loin Nathalie à qui Agnès a fait ipon dans un élan de joie non dissimulé. Plus loin Marie-Ange et Isora.
Puis Oh surprise ! Monjojo et Manana qui ont fait un petit bout de chemin avec nous en talons aiguilles. Quelle idée ! ! !

Plus loin encore, il m’a semblé voir furtivement Francis, Pierre-Yves et Patricio.
Mais je ne sais plus très bien, car à ce moment précis je me suis violemment heurté au mur des 35 km. Mes forces me quittent, je ne cours plus correctement, le déroulement des pieds (talon pointe) que je m’évertue à faire depuis le début pour économiser ma course se transforme en martellements que j’entends malgré l’ipod. Mon genou droit me fait souffrir et prend des libertés. Je cours bêtement, éperdue. Je regarde autour de mois, beaucoup marchent, certains claudiquent mais n’arrêtent pas : un modèle de volonté.
Je croise plusieurs chaises roulantes. Arnaud claque régulièrement des doigts et nous entraine dans sa trajectoire avec une rigueur militaire, il nous interdit de nous arrêter, au risque de ne plus redémarrer.
Et la preuve, au dernier ravitaillement j’ai marché trois pas, juste trois ridicules petits pas et mon genou s’est immédiatement manifesté. J’ais repris cette course folle, haletante. Au 39 km j’ai sentit une légère accélération  cardiaque, juste une petite frayeur vite oublier. De battre mon cœur ne s’est arrêté (bon facile, OK).
Au 42ème  km j’ai accéléré la cadence : plus que 195 mètres et une joie indescriptible m’a envahi.
- Ligne d’arrivée passée

- Bip qui résonne à mon oreille, un des plus joli bruit 

- Je marche

- Je souris certainement

- J’ai fini

- Une tranche de vie dans ma collection d’instants de bonheur

 

Merci à chacun d’entre vous, fine équipe du TGVV, qui m’avez entrainé dans cette sublime comédie et bravo a mes compatriotes qui ont réussi cet exploit même si nous nous sommes plaintes, de l’inscription à la ligne de départ.
Et oui Constance je ferais, je pense, un autre marathon au Québec, pourquoi pas. Ensembles je ne sais pas tu es un peu trop rapide pour moi


A vous Londres et Sénart

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A
Super récit!!! Le coup du pipi dans la chaussure et des autres problèmes de tuyauterie compréhensibles que par les très grands sportifs m'a beaucoup plu !! Plein d'humour et d'émotion !! Encore Bravo pour ce 1er marathon bien mené !! Bises, Alice
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