En voulant présomptueusement partir avec les premiers à Orléans sur les 375 m. d’un parcours à faire deux fois avec une sortie à l’australienne, au milieu de 260 nageurs je m’étais cramé au bout de 10 m. mais là sur 1 500 m. en canal sur de grandes lignes droites parmi seulement 195 triathlètes et en partant avec le gros du peloton, je me sens… bien ! et même très bien une fois le grand remugle du départ et son bouillonnement d’écume passé ! Je trouve tranquillement mon rythme et ma glisse en doublant régulièrement des concurrents sans réels coups ni de part ni d’autre. J’arrive à la bouée marquant le retour et commence à accélérer un peu le battement des jambes. Mon seul regret en fait est d’avoir du mal à apprécier les distances : je sais que je me sens à l’aise et capable d’accélérer mais en même temps, 1500 mètres cela commence à être une distance qu’il faut savoir gérer et, à défaut de savoir ce qu’il me reste à parcourir, je m’autocensure. Jusqu’à ce qu’au détour d’une bouée, que j’ai failli manquer, j’aperçoive la berge de sortie à … à peine 20 m. Allez je donne tout et sort de l’eau titubant, le passage de la position horizontale à une verticalité toute humaine étant toujours délicat à gérer, dur rappel à la réalité post-aquatique et terrestre !!! Il n’y a vraiment que le triathlon pour vous faire toucher ainsi du doigt les extrêmes difficultés auxquelles ont du être confrontés les premiers amphibiens qui se sont essayés à marcher en sortant de l’eau il y a de cela quelques millions d’années (ça devait être du plus de 6 mois au marathon facilement !).
En attendant, je suis super content : 23 mn 45 sec sur un parcours achevé en 44ème position, alors qu’il m’avait fallu 14 mn et 51 pénibles sec pour faire les 750 m. d’Orléans, ce qui m’offre la double satisfaction de rentrer dans un parc à vélo encore encombré de 151 montures (petite satisfaction pour l’égo) et de devoir appeler Isabelle à qui j’avais prédit un temps aux alentours de 30 mn et qui, forte de l’expérience orléanaise, me cherchait désespérément dans l’eau, parmi les brasseurs encore à mi-parcours.
Sous ses félicitations ébahies (et moi donc !) et ses encouragements toujours bienvenus, je me change sans rien oublier et je me précipite, vélo en main, vers la sortie au terme d’une interminable aire de transition imposée par la topographie des lieux, pour découvrir qu’il existe un véritable monde entre une épreuve de 2 boucles de 10 km autorisant un drafting bienvenu pour remonter progressivement le peloton en réalisant des sauts de puce entre groupes de cycliste et un parcours linéaire de 40 km en pleine campagne, exposé au vent et sans la protection des drafteurs fous.
Il n’en demeure pas moins que la sensation est assez grisante pour un débutant comme moi. En étant pas trop mal sorti de l’eau, je me retrouve entouré (à une distance réglementaire) de coureurs de bon niveau et c’est un véritable feu d’artifice de matos tous plus rutilants les uns que les autres : je me bats dans un foisonnement de cadres profilés, de guidons de CLM de roues lenticulaires de casques aérodynamiques et de cuissots affutés parfaitement adaptés et non moins parfaitement épilés pour faire tourner grand train ce matériel high tech. Impressionnant ! Avec en plus la moto d’un juge-arbitre nous encadrant pour s’assurer de l’absence de drafting, je n’en ai au demeurant pas constaté, la règle me semblant bien respectée : quelle ambiance !
La course en elle même est assez plaisante, sur un terrain dégagé de toute voiture…. mais aussi de toute protection contre les assauts des vents contraires. Par contre, je ne sais pas si je dois mettre cela sur le compte de l’euphorie du moment mais si j’ai bien vu des faux-plats descendants salvateurs, même si ils se prenaient contre le vent, je n’ai pas eu l’impression d’être confronté à leur pendant naturel, des faux plats montants, qui ont forcément du exister puisque l’arrivée s’effectuait au point de départ ce qui induit nécessairement un dénivelé total neutre, par compensation réciproque de ses composantes positives et négatives… Soit les montées étaient plutôt situées en début de course quand j’avais les jambes pour les enquiller sans m’en rendre compte, soit elles étaient relativement plus douces sur une plus longue distance…
C’est dans cette ambiance que j’avale les 40 km, doublant un ou deux concurrents en début de parcours mais me faisant rattraper par plusieurs ensuite. Faut pas rêver, ma nage m’a mis dans une position qui n’est pas la mienne au sein d’un peloton composé en partie de triathlètes surentrainés, venus pour en découdre pour le championnat régional. Je mets donc 33 mn et 52 secs pour les 20 premiers km et, plus laborieusement, 35 mn 02 sec contre le vent pour le retour. J’en profite pour me restaurer d’un gel « endurance » au départ de la course cycliste afin d’avaler les 40 km et d’un autre gel « coup de fouet » à leur achèvement, en prévision de la CAP (je sais, je sais… c’est très prétentieux de prendre un gel destiné à booster les dernières minutes d’une course quand il reste 10 km à courir pour un temps qui devrait « légèrement » excéder le quart d’heure, mais je n’avais que cela sous la main, suite à la perte de mon second gel endurance sur une partie avalée à plus de 45 km/h qui m’ont dissuadé de m’arrêter et de faire demi-tour pour aller le rechercher).
Au final je rejoins bon port, après un sprint contre une féminine hyper affutée, dont je constaterai plus tard qu’elle m’a repris 3 mn en vélo et qu’elle s’est littéralement envolée en CAP. J’ai donc fini le parcours vélo en 1 h 08 mn et 54 sec, à 34,800 km / h de moyenne si les distances sont exactes, ce dont il est difficile d’être certain. A ce stade je suis 68ème en temps cumulé après avoir été remonté par 24 concurrents.
Après avoir rejoint l’aire de transition en flageolant, le passage entre la position portée sur le vélo et debout pour courir n’étant pas beaucoup plus facile que celle entre la natation et la course pour rejoindre la transition… sauf que cette situation la, aucun amphibien ne l’a vécue… du moins à ma connaissance…
Je constate qu’il n’y a pas encore trop de vélo rentrés ce qui est plutôt encourageant et je me change aussi rapidement que mon état de fatigue cumulée me le permet et repars, toujours sous les encouragements d’Isabelle, pour la partie courue qui commence par la montée d’un pont (GRHHHH !!!) mais se poursuit ensuite à travers bois dans un cadre des plus agréables (YOUPEE !!!).
Vu l’état général du bonhomme, je décide qu’il est impératif de gérer la situation et je me cale sur une fréquence cardiaque proche de mon seuil à plus ou moins 160 pulsations, correspondant à une vitesse proche de 13 km / h. Le premier tour se passe ainsi en relative aisance même si des débuts de crampes commencent à pointer leur nez sur les mollets et les ischios. Le nombre de concurrents s’étirant sur le bord de la route me laisse à penser que je ne suis pas le seul dans ce cas et je repars. Les quelques douleurs stomacales du début de course, probablement provoquées par les agapes de la veille combinées avec le sandwich ingurgité 1 H 00 avant le départ s’estompent progressivement.
J’atteins enfin le point de non retour en finissant la première boucle des 5 premiers km qui me donne droit au demi saint Graal, l’espèce de cordon synthétique orange de sac poubelle que l’on peut s’afficher autour du cou et exhiber fièrement tel une prise de guerre auprès des coureurs qui en sont encore dépourvus ; Le plus dur étant derrière, je me mets donc à essayer d’accélérer progressivement pour ne pas avoir de regret jusqu’à un groupe de concurrents devant moi que je rejoins pour entendre le public, il est vrai assez clairsemé, s’exclamer « Allez, en avant ! T’es deuxième féminine !!! » C’est vrai ? je peux viser un podium ? Je m’engage donc dans un sprint final d’anthologie (mouais, bof ! objectera le fâcheux) pour dépasser le groupe et terminer l’épreuve pédestre en 43 mn 24 sec. J’apprendrai plus tard que de fallacieuses insinuations ont circulé sur ma prétendue absence de féminité, voire même de viles accusations d’hermaphrodisme (comme si j’avais la tête à être le rejeton d’amours interdites entre Hermès et Aphrodite). Bref mes attributs n’ayant pas l’heure de convaincre les juges arbitres de ma féminité épanouie (je savais bien que j’aurais du me raser ce matin), je ne monterai donc pas sur le podium féminin… Tant pis !
En attendant je m’écroule sous le poids de l’effort et sous celui de mon Loulou qui, dans le louable espoir de me ranimer, se jette sur moi pour m’écraser de toute son affection : j’adore ! un traitement à réveiller les morts !
Au final, je termine l’épreuve en 2 h 21 mn 10 sec à la 79ème place (79ème avec le dossard n° 97… quel dommage que l’organisation ne m’ait pas attribué le dossard n° 10 ou même 100 d’ailleurs…) sur 197 concurrents et à 21 mn 34 sec du premier qui passe juste sous la barre des 2 H 00 !
Si j’analyse la course dans son ensemble j’ai le plaisir de constater une bonne natation (44ème place) qui m’a naturellement mis en position idéale pour être ensuite… rattrapé par des cyclistes (67ème position cumulée) puis par des coureurs (79ème position cumulée) plus aguerris et plus complets que moi. Merci Sophie pour les si délassantes séances d’enchainement d’hypoxie en 3 / 5 / 7 / 9 / 11 / 13 / 15 /…./ 223 / 225 temps (même si je préfère personnellement le basique « 2 temps à la vas-y comme tu peux ») combinée avec un travail en rattrapé aux cuisses, une main bandée, un œil fermé et le pull-buoy coincé entre l’oreille droite et l’omoplate gauche et merci à Christophe pour ses sorties vélo de récupération en vallée de Chevreuse qui pour moi correspondent à du travail de PMA +++++, la langue pendante entre les rayons et merci à personne pour la CAP, de toute façon j’suis pas bon et ça fait du mal à mes petits petots…
Maintenant, si je détaille les épreuves, je constate que j’ai réussi à me maintenir dans le « top 50 relatif » de chaque course avec même une progression constante des performances :
44ème sur 197 nageurs ;
24ème sur les 153 cyclistes avec lesquels j’étais en compétition une fois déduits les 44 nageurs devant moi à l’issue de la nage ;
11ème sur les 129 coureurs avec lesquels j’étais en compétition une fois déduits les 44 nageurs et les 24 cyclistes devant moi à la sortie du parc à vélo ;
1er sur les 3 Demoy à rejoindre ma voiture avec lesquels j’étais en compétition une fois déduits tous ceux qui portent un autre patronyme.
Bon d’accord le raisonnement peut sembler « légèrement » fallacieux et en contradiction totale avec une épreuve combinée. Et en plus avec ce type de démonstration, c’est la partie nagée dans laquelle j’obtiens la moins bonne performance, mais sur le plateau le plus relevé naturellement.
Cela dit c’est mon récit et c’est moi qui tords le cou à la réalité statistique comme je le souhaite et je réfute par avance toute analyse du type :
44ème temps en nage sur 197 triathlètes ;
91ème temps en vélo sur 197 triathlètes ;
111ème temps en CAP sur 197 triathlètes.
Une telle présentation trahirait, et à mon désavantage qui plus est, l’esprit combinatoire du triathlon : c’est facile pour tous ces coureurs de faire un meilleur temps que moi en CAP s’ils se sont économisés sur les deux autres sports et en plus non seulement c’est le dernier mais c’est loin d’être ma spécialité.
Au final, le plus simple c’est de constater que je suis 79ème de l’épreuve et pis c’est tout !
Pour être plus sérieux, c’est une épreuve vraiment très agréable que ce triathlon de Chalons en Champagne (et d’ailleurs, le nombre d’inscrit est passé de 140 à 220, si j’ai bien compris entre 2008 et 2009) : le parcours est plaisant et bien dégagé en natation comme en vélo, sans réel difficulté hormis le vent et boisé sur la partie pédestre. L’organisation est au top, très présente sur l’ensemble du parcours, professionnelle et très conviviale et les juges-arbitres des plus sérieux. Pour le public, le parcours permet de suivre agréablement la course et une aire de jeux dans le parc se propose d’accueillir les plus petits. Bref, une bien belle réussite qui donne envie de revenir.
Seul bémol : si le balisage du parcours est parfait, l’accès au site de départ est moins évident et pas du tout indiqué en ville, ou alors j’ai loupé les indications.
Pour ce qui concerne les regrets plus personnels, mes deux grands m’ont manqué, mais il y un âge où cela est normal …
Mais je suis plus mordu par le tri que jamais. Je trouve extra cette obligation de gérer un effort cumulé dans sa globalité tout en pouvant, en tout cas sur un format CD, s’éclater dans chaque discipline, chacune faisant appel prioritairement à des sensations et à des chaines musculaires spécifiques (épaules pour la natation, cuisses pour le vélo, ischio–jambiers et mollets pour la CAP). Globalement c’est plus varié, plus distrayant et surtout moins traumatisant qu’un marathon par exemple…. Et puis moins de 2 H 30 au Marathon, moi je sais pas faire !
En plus Isabelle et mon Lolou ont passé une très bonne journée et se sont bien amusés… que demander de plus…. Ah si je vois bien : une participation active des pôtes et pôtesses du TGV-V : ALLEZ TOUS A L’EAU !!!!