
J-8 = 1 mois sans course, je commence à pêter un plomb, je sors de chez l’orthopédiste. Verdict = j’ai une tendinite, seules des semelles pourront me permettre de recourir comme un lapin, mais le petit savoyard est dans moins de 8 jours, c’est fichu, je ne trouverai jamais un podologue qui puisse me faire des semelles en 48 h chrono !
Je dois hélas avec grand regret annoncer à mon ex, future coéquipière que je vais devoir l’abandonner pour ce périple qui murit depuis si longtemps dans ma tête, à moins que ………… la fée ne trouve le PODOLOGUE qui pourra me livrer mes semelles en 48h00 chrono !
J-3 = On a trouvé mieux que LA REDOUTE, je sors de chez le podologue avec mes semelles, le moral revient, dans un coin de ma tête l’espoir de participer à cette aventure n’est plus derrière moi, même si le médecin que je viens de quitter est perplexe, des semelles doivent être testées sur plusieurs semaines. Tant pis, je pars dès ce soir galoper pour baptiser mes nouveaux pieds, j’ai la boule au ventre, serait-ce des semelles magiques ! j’en bave, un mois sans entraînement, mais il faut y croire ! 1h00 de course sans aucune douleur au genou, ça y est le petit savoyard n’est plus un rêve, c’est dans moins de 2 jours, je suis ravie, excitée, je SMS tout de suite à mon futur coach la bonne nouvelle.
JOUR J
Je vérifie une dernière fois mon sac à l’aide de mon cher et tendre qui à l’habitude des trails lui !!!!!, sauf qu’il a oublié l’essentiel vous allez comprendre pourquoi….. mon ami m’a prêté ses bâtons, il parait que ça peut être utile…qu’aurais-je fait sans eux….
Je suis excitée, mais pas du tout angoissée, je n’y crois pas, je suis à moins d’1/2 heure du départ, j’ai jamais fait de trail de ma vie, je sais pas où je vais, j’ai aux pieds des chaussures jamais testées que Patricia m’a gentiment prêtées, pas d’entraînement depuis plus d’un mois, une tendinite qui peut se réveiller dès les premiers km, mais j’ai réussi un marathon alors pourquoi pas un trail de 28 km …………. !!!!!!
Insouciante, le sourire aux lèvres, je guette l’arrivée de mes amis qui se font attendre, et j’ai un moment de panique et si au dernier moment Alice ne pouvait pas le faire……. mais ce ne sont que des illusions car je la vois pointer le bout de son nez, elle me montre du doigt le haut de la montagne et me dit tu vois on va grimper tout là haut, et là je sens la panique m’envahir, je ne peux plus reculer, nous sommes à une minute du départ, le coup de sifflet est donné et c’est parti pour 28 km de folles, émouvantes et pittoresques aventures !!!!!!!!!!!
On commence à grimper, les premiers traileurs nous distancent peu à peu, je ne vois plus les pymas qui sont déjà loin devant, j’essaie d’accélérer mais je n’ai plus de souffle, je récolte les fruits de mes mes 20 années de cigarettes, et là je me dis « j’arrête de fumer » !!!!!
Je vois Alice prendre de l’avance, elle est rapide, elle n’a pas l’air de peiner comment fait-elle ? elle est dans son élément « la montagne « ça fait plaisir de la voir, elle qui était si déprimée après le marathon, je suis super contente pour elle, elle sautille comme un cabri sauf que moi la montagne je ne maîtrise qu’avec des skis aux pieds….. Et à cet instant j’ai compris qu’elle allait devenir mon coach jusqu’au bout et que j’allais devenir son boulet. Je commence à me demander dans quoi me suis-je embarquée ? je transpire, j’en peux plus, je bois, je souffle, je me plaint toutes les 5 mn, j’ai le sentiment que je n’y arriverai jamais, et on grimpe, on grimpe toujours, je m’aperçois que nous sommes les deux dernières de la course et là le moral commence à tomber, je m’en veux car je retarde Alice, qui a du potentiel et qui je le sais très bien aurait souhaité améliorer son temps par rapport à l’année passée, mais ce qu’elle ne sait pas encore c’est qu’elle va devoir se trainer un boulet pendant XX kms.

Le réveil du premier bobo, je sens une brûlure derrière le pied, ça ressemble à une ampoule, je demande à mon médecin si elle a des compeed et elle me répond ah ! Non j’ai pas pensé que nous pourrions en avoir besoin et là je la hais…………le premier ravitaillement est dans 15 kms, je suis mal très mal j’ai des échauffements sous les pieds, mes nouvelles semelles sans doute, je m’arrête plusieurs fois pour me badigeonner de crème mais l’ampoule est là, je ne pourrais jamais tenir 15 km . J’ai envie de pleurer et d’hurler.
Alors, Alice a compris que si elle voulait me faire avancer, il fallait détourner mon attention, et que j’arrête de m’apitoyer sur mon sort, chose que je sais très bien faire ! Alors elle essaie de dédramatiser me faire prendre du plaisir et me faire découvrir la montagne sous une forme plus agréable, alors on se l’a joue touristes, photographes, confidentes, découverte de la nature, les paysages sont magnifiques, j’en bave mais ça vaut le coup, le décor est merveilleux.
Objectif réussi, j’ai laissé mes états d’âmes derrière moi et je commence à prendre enfin du plaisir dans cette grande aventure.
10ème km, nos sauveuses ! on aperçoit 3 personnes derrière nous, le soulagement, nous ne sommes pas les dernières, ça parait bête mais ça nous redonne la patate, avec un peu de chance, elles auront des compeed elles !!!! ………..de vraies traileuses super équipées avec une trousse de secours, je soigne mon ampoule qui n’est pas belle à voir. Enfin je repars, pas pour longtemps hélas , car au bout de deux mètres, en pleine descente, je glisse sur une pierre mouillée et je m’ouvre le coude, je saigne abondamment et là ma coacheuse, panseuse, arrive à la rescousse, et me soigne encore une fois de plus …………

Et à ce moment là je sais que mon objectif va s’arrêter dans 5km, et pourtant j’ai fait apparemment le plus dur, on commence à moins grimper, j’ai l’impression de moins me plaindre, j’essaie de faire comprendre à ma coéquipière que je vais la lâcher au premier ravito, je n’en peux plus, j’ai mal évalué cette course, mais je suis contente, j’essaie de me rassurer j’ai quand même réussi à tenir 15 km les plus durs parait il, je me rassure en me disant que peut-être que sans tendinite et avec de l’entrainement j’aurais pu passer dignement la ligne d’arrivée main dans la main avec mon bînome. Alice essaie de ma faire changer d’avis, mais les douleurs au genou commencent à se faire sentir, ma tendinite se réveille, ça fait 3h30 que nous marchons, on aperçoit le village au loin, je suis contente et déçue à la fois, j’y ai cru, mais je me dis qu’Alice doit aussi profiter de sa course, c’est le moment ou jamais qu’elle se lâche, alors je lui dis éclate toi pour les 13 derniers km même si je culpabilise un peu de la laisser seule, ma tête voudrait continuer mais il faut être raisonnable physiquement je ne peux plus , et je me félicite de pouvoir venir l’acclamer dès son arrivée. Elle comprend qu’il est inutile et pas sérieux de me faire changer d’avis et elle n’insiste pas. On arrive au ravito, un bénévole prend l’unique photo du binôme de choc, et c’est au 15ème kms ainsi que nos chemins se séparent.
J’arrive au point de rencontre, je cherche les pymas et j’aperçois Pierre-Yves allongé comme une larve sur l’herbe, il a l’air exténué lui aussi, chacun commente son aventure, ça me rassure ils en ont bavé aussi,. On part manger et on se languit de voir arriver notre reine de la montagne, on l’aperçoit au loin, elle a les yeux pétillants, je suis fière d’elle, elle a carburé sur les treize derniers kms, sans boulet c’est quand même le pied !!!!!!!!!!!!!
Conclusion : Je ne peux plus ARQUER, mais sans aucun regret, merci de m’avoir supportée, soignée, pansée, et coatchée, j’en ai bavé, mais pourquoi pas trailer, dans quelques années après m’être entrainée en montées avec le TGVV dans les bois Villebonnais.
Et ça m’a conforté à l’idée qu’on est mieux dans un canapé !!!!!!!!!!!!
Agnès